Utrecht, 26 mai 1810.
«Monseigneur, j'ai eu l'honneur d'instruire Votre Excellence de tout
ce qui s'est passé en Hollande depuis que j'y suis; mais ma position
devient tous les jours plus délicate, tant vis-à-vis du roi que
vis-à-vis du pays, si Votre Excellence ne me donne pas très
promptement une règle de conduite fixe pour ce qui concerne les
marchandises anglaises ou denrées coloniales existant chez le
particulier.
«Je ne suis point embarrassé pour celles qui seront arrêtées
cherchant à s'introduire dans le pays.
«Plusieurs bâtiments hollandais, chargés de marchandises anglaises
ou denrées coloniales, ont été arrêtés par les douaniers français à
Harting, en Frise; mais les douanes hollandaises ont de suite
réclamé ces marchandises comme ayant été saisies, il y a plusieurs
mois, par les douaniers hollandais et qu'on dit appartenir au roi.
«Des négociants d'Amsterdam se présentent journellement à ces
magasins pour y acheter ces marchandises, d'après les règlements du
royaume.
«Enfin, les marchandises anglaises ou denrées coloniales, vendues
précédemment et légalement, circulent dans l'intérieur de la
Hollande, et comme rien ne les signale des marchandises achetées
par contrebande, il doit en résulter beaucoup d'abus qu'il n'est pas
facile de distinguer.
«Les rapports que je reçois journellement me font connaître que la
contrebande se faisait dans ce pays avec la plus grande facilité, et
je suis même porté à croire (sans cependant l'assurer) que les
douaniers hollandais ne sont point étrangers à ce brigandage; aussi
j'exerce une grande surveillance sur leur conduite.»