LA ROCHEFOUCAULD À CADORE.

Amsterdam, 25 mai 1810.

«Votre Excellence sera sûrement étonnée que ce soit encore moi qui

lui écrive, mais depuis quatre jours j'attends une réponse du

ministre pour savoir si le roi me recevra à Harlem, où Sa Majesté

est maintenant. J'ai cru que, dans les circonstances présentes, plus

peut-être que dans toute autre, je devais ne pas partir sans avoir

pris les ordres du roi, qu'une irrégularité de formes aurait un air

de légèreté qui ne conviendrait pas; mais si la journée

d'aujourd'hui se passe dans le même silence, je préviendrai M. Roëll

que devant me trouver à Paris à l'époque où S. M. impériale et

royale y arrivera, je me vois forcé de quitter la Hollande sans

avoir eu l'honneur de faire ma cour au roi. Il est donc plus que

probable que je partirai après-demain. Je verrai en passant M. le

duc de Reggio qui est à Utrech.

«D'après un rapport que je reçois de M. Gohier, il paraît qu'un de

nos corsaires vient de faire une prise importante, par la nature des

papiers trouvés à bord, qui prouvent les intelligences suivies qui

existent entre les côtes et les Anglais. Je ne doute pas que ce ne

soit à l'insu de la police. Le seul reproche à lui faire est de

l'avoir ignoré depuis si longtemps qu'elle en est avertie. M.

Serrurier vous rendra compte de la suite de cette affaire.

«_P.-S._ J'apprends à l'instant qu'il y a eu du bruit à Rotterdam,

que nos troupes ont été insultées, mais qu'elles se sont conduites

avec la plus grande sagesse. J'envoie à Votre Excellence la

proclamation du bourgmestre. Ceci est, comme le reste, l'effet des

mauvais propos que l'on souffre, et même que l'on protège. Cet

esprit du gouvernement se cache sous des notes et des paroles, mais

agit en dessous, car je réponds que le pays n'est pas mauvais, et

que, bien dirigé, l'empereur en serait parfaitement content.

«Je suis aussi informé par M. le consul général que cette prise, si

intéressante par les renseignements qu'elle donnera, est retenue au

Texel, malgré les demandes formelles qui ont été faites. Je vais

écrire à M. Roëll pour l'engager à prier le roi d'ordonner que sous

aucun prétexte l'on arrête les prises faites par les corsaires

français.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 287 / 358 题