LA ROCHEFOUCAULD À CADORE.

Amsterdam, 15 mai 1810.

«J'ai eu l'honneur d'écrire d'Anvers à Votre Excellence, et de la

prévenir que Sa Majesté impériale et royale, après m'avoir permis

d'aller lui faire ma cour, m'avait donné ordre de la suivre à

Berg-op-Zoom. L'empereur n'ayant pas eu le temps de me parler

m'emmena dans la Zélande, d'où je suis revenu avant-hier soir. J'ai

rendu compte à Sa Majesté de tout ce qui se passe en Hollande, et je

n'ai rien caché à l'empereur sur la position où se trouve ce

royaume. J'ai eu la satisfaction de voir Sa Majesté impériale et

royale approuver ma conduite, et elle m'a donné les ordres qui ont

été communiqués à Votre Excellence par M. le duc de Bassano. J'ai

rempli dès hier les intentions de l'empereur, en demandant que la

totalité des cargaisons des vingt-un américains fût remise à M. le

directeur des douanes impériales nommé pour les recevoir.

«J'ai porté plainte de la lenteur des armements.

«Hier, j'ai reçu une lettre de M. Roëll qui, en m'assurant de

l'indignation que le roi a éprouvée en apprenant l'insulte faite à

ma livrée, me prévient des ordres sévères donnés par Sa Majesté pour

punir les coupables. Je ne donnerai plus de suite à cette affaire

qui, bien certainement, en restera là.

«J'ai eu l'honneur de remettre hier au roi la lettre de l'empereur

que Votre Excellence m'avait envoyée. Mon audience a été très

courte. De là je passai dans les appartements de la reine que je

trouvai bien souffrante. Sa Majesté a une fièvre continue qui

l'affaiblit de jour en jour. Je l'ai trouvée extrêmement changée,

quoiqu'il n'y eût qu'un an que j'ai eu l'honneur de la voir. La

reine ne m'a rien dit de particulier, mais il circule dans les

entours de la cour des bruits qui feraient croire que Sa Majesté est

loin d'être heureuse.

«Malgré les immenses ressources qui existent dans ce pays-ci,

l'embarras du gouvernement ne diminue pas. La commission chargée

depuis six semaines d'un rapport général sur la position de la

Hollande et sur les moyens d'y remédier n'a pas encore terminé ce

pénible travail. On s'attend à une réduction de moitié sur la rente.

Ce sera, à mon opinion, une mesure indispensable; mais dans l'état

de choses, elle n'atteindra pas le grand but que l'on s'en propose.

Je persiste à croire que si cette réduction est suffisante sur le

papier, elle ne peut sauver la Hollande qu'autant qu'elle serait

jointe à un système opposé à celui que l'on suit ici. Au reste le

malheur agit en raison inverse du gouvernement, et chacun commence à

se convaincre qu'il n'y a de salut que dans l'empereur, et que

d'être gouverné par Sa Majesté serait le plus grand bonheur.»

Il est permis de supposer que l'ambassadeur avait deviné l'intention

de l'empereur, de réunir la Hollande à la France.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 284 / 358 题