Amsterdam, 16 mai.
Sire,
La situation de ce pays s'aggrave de jour en jour; le traité n'est
plus suivi. Dans cette position malheureuse, je viens demander à
Votre Majesté impériale sa dernière volonté. Ma soumission lors du
traité du 16 mars lui a prouvé combien je m'en rapportais
entièrement à elle. Actuellement, je la supplie de croire que si je
ne demande qu'à voir ce pays hors des tourments et des souffrances
de sa position actuelle, c'est par la fin de la défaveur de Votre
Majesté impériale, et en connaissant précisément la volonté de Votre
Majesté, que j'ai dû et voulu seulement atteindre ce but. Je supplie
donc instamment Votre Majesté de me faire savoir ses intentions. Si,
au contraire, je le croyais hors d'état de pouvoir supporter les
conditions nouvelles qu'on exige de lui, je le dirai franchement à
Votre Majesté et me soumettrai sans hésitation à tout ce qu'il
plaira à Votre Majesté d'ordonner.
«Je supplie Votre Majesté impériale de recevoir cette lettre; et,
puisqu'un accident malheureux est cause du malheur dont je suis
menacé de ne plus recevoir de lettres de Votre Majesté, de ne pas
m'ôter à moi tout moyen de faire parvenir mes plaintes à Votre
Majesté, et à elle-même le seul moyen d'écouter ma justification.»
L'empereur répondit le 20 mai; sa lettre, omise dans la
correspondance publiée sous le second empire, est au texte de ce
livre.
Le lendemain du jour où l'ambassadeur de France en Hollande écrivait
sa lettre du 18 mai à Cadore, ce dernier lui mandait: que l'empereur
ayant appris l'insulte faite à sa livrée lui ordonnait de partir
immédiatement sans même présenter le chargé d'affaires, lui
annonçant que Werhuell recevait l'ordre de quitter Paris, regrettant
que ce renvoi tombât sur l'amiral dont l'empereur appréciait les
bons services.
Ainsi, il devint de la dernière évidence que l'empereur saisit le
premier prétexte pour arriver à ses fins; que ni la soumission de
son frère, ni les concessions du gouvernement hollandais n'ont pu
détourner, lui faire abandonner ses projets de réunion du pays à la
France. Depuis longtemps, Napoléon cherche à son frère Louis une
querelle d'Allemand, et il est permis de se demander si Lucien n'a
pas été le mieux inspiré des frères Bonaparte, en se faisant une
existence en dehors de celle imposée par l'empereur aux membres de
sa famille. Il nous paraît très positif que l'insulte faite à la
livrée de l'ambassadeur de France par un homme du peuple ne saurait
entrer en ligne de compte pour la retraite d'un ambassadeur, surtout
lorsque toute satisfaction est offerte.