Amsterdam, 21 avril 1810.
«Votre Excellence aurait de la peine à se faire une idée de la
manière dont les opinions changent en Hollande, depuis que l'on voit
ce qui se passe; chacun est intimidé du présent et effrayé de
l'avenir; et les mêmes hommes qui ne voulaient pas entendre parler
de réunion en parlent aujourd'hui comme d'une chose désirable. Je
suis étonné moi-même de tout ce que l'on vient de me dire, et,
lorsque j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence que le dégoût
et le découragement s'empareraient promptement des Hollandais si
dans les premiers moments ils n'entrevoyaient pas un but
tranquillisant, je n'ai fait que lui prédire une vérité qui se
vérifie tous les jours. Les honnêtes gens sans fortune se taisent,
font leur devoir sans âme et sans zèle; ceux qui ont une existence
indépendante du gouvernement se retirent ou cherchent à obtenir leur
démission, et l'on se dit tout bas que cette réunion, si effrayante
il y a quatre mois, peut seule sauver les débris de ce pays. J'ai eu
l'honneur de vous prévenir, Monsieur le duc, qu'un associé de la
maison Hope était parti pour l'Angleterre avec toute sa famille.
Hier j'ai signé les passeports de la famille Hope, dont le père est
déjà à Londres, et qui, sous prétexte d'aller en Suisse, est assurée
vouloir le rejoindre. Enfin, M. Labouchère, troisième associé de
cette maison, dont la femme et les enfants sont chez nos ennemis,
s'y rendra sûrement incessamment. Beaucoup d'argent passe en
Angleterre, l'on cache le reste.»