Amsterdam, 1er mars 1810.
«Les travaux paraissent suspendus et les ordres ont été donnés
d'arrêter ceux qui allaient commencer; on avait fait abattre la nuit
des arbres qui gênaient la défense; les cartouches se fabriquaient
dans l'intérieur du palais, et il était temps d'arrêter les excès où
l'on paraissait vouloir se porter. Le principal instrument que l'on
a employé est le ministre de la guerre qui prétendait se faire un
nom en défendant la ville et en prenant l'Angleterre pour retraite.
Ses deux collègues les ministres des finances et de la police
appuyaient ses opinions exagérées. Il y eut dans le Conseil
plusieurs scènes scandaleuses où le général Krayenkoff déclara avoir
des ordres supérieurs et ne vouloir rien discuter avec les autres
ministres. Il s'absenta même pendant plusieurs jours du Conseil. M.
Tovent (dont j'ai oublié de parler à Votre Excellence dans mon
numéro 120) soutint fortement son opinion contre celle du ministre
de la guerre; il fut appuyé par M. Mollerus. Quant au ministre de la
marine, il déclara ne vouloir rien faire sans un ordre écrit de ses
collègues. Le ministre de la police proposa de m'inviter à sortir
d'Amsterdam, mais cette sotte motion fut étouffée. Enfin, on me fit
parvenir des avis qui devaient, d'après ces Messieurs, m'effrayer et
me faire partir. On parla dans le public de venir casser mes vitres
et mille sottises de ce genre. Je n'y ai pas pris garde; je ne
changeai pas de marche ni de conduite, et maintenant ces bruits sont
presque apaisés. Je dois dire à Votre Excellence que j'ai été fort
content de toutes les personnes que j'ai avec moi. J'ai trouvé du
zèle, du dévouement pour le service de l'empereur et de
l'attachement pour moi. Je désirerais que Votre Excellence voulût
bien saisir une occasion favorable de parler à l'empereur de M.
Serrurier qu'une place de maître des requêtes rendrait heureux, si
un avancement dans la carrière diplomatique n'était pas possible. Le
consul général a mis une activité au-dessus de son âge; enfin tous
les Français qui sont ici se sont bien conduits. J'ai trouvé aussi
dans les négociants et les capitalistes une masse de bonne volonté à
laquelle je ne m'attendais pas. Des personnes du gouvernement que je
ne puis nommer en ce moment se sont bien montrées. Enfin j'ai été
content de l'ensemble d'Amsterdam et de la Hollande, et j'ai acquis
la certitude que le mal ne tient qu'à quelques individus et qu'en
établissant ici un gouvernement sage et ferme, l'empereur sera
promptement convaincu des ressources que Sa Majesté Impériale et
Royale peut tirer de ce pays.»