Amsterdam, 17 septembre.
Rien ne finit, et malgré les demandes que j'ai faites au ministre de
me donner une réponse, je ne puis en obtenir. Le roi a, dit-on,
envoyé un courrier à l'empereur. J'ignore si la lettre de Sa Majesté
est relative aux objets dont je suis chargé, car cette démarche du
roi ne m'a pas été annoncée officiellement. Je ne puis donc avoir
rien de nouveau à transmettre à V. Excellence; il m'est pénible de
ne pas pouvoir exécuter les ordres de l'empereur. Il est vrai que
dans les circonstances présentes qui servent de prétexte à la
mauvaise volonté du gouvernement hollandais, je ne le presse pas
autant que je l'eusse fait dans un autre moment. Cependant la
Hollande paraît ne plus rien avoir à craindre, et les nombreux
changements qui se font dans l'organisation militaire ne tiennent
pas à la défense du pays, mais à la volonté du roi. Depuis la
descente des Anglais, l'on a formé la garde nationale dans les
principales villes du royaume. La levée des deux régiments a été
décrétée, mais les moyens de défense sont bien peu de chose et la
volonté bien faible. En tout je ne vois pas de possibilité que la
Hollande reste comme elle est maintenant. Il n'y a aucun ensemble
dans le gouvernement et aucune tenue dans aucun système suivi. Il
n'existe donc qu'un amour-propre mal placé qui l'empêche de devenir
français.
Dans une des dernières conférences que j'eus avec M. Roëll, lorsque
je lui parlais du système du gouvernement hollandais, je lui dis que
je voyais d'autant moins d'espoir de le ramener à une marche plus
raisonnable, que jusqu'à présent je ne pouvais pas deviner la base
du principe qui le faisait agir avec aussi peu de mesure, puisque
continuellement il nuisait à ses plus chers intérêts. Pressé de
s'expliquer, ce ministre me répondit qu'étant ministre, il ne lui
était pas permis de satisfaire à ma demande, mais que le jour où il
ne le serait plus il me dirait le mot de l'énigme. Je désirerais
donc que M. Roëll quittât le ministère, car il me semble que ce
changement procurerait plus de lumières que nous n'en avons obtenu
pendant tout le temps de son administration.
M. le comte d'Hunebourg vient d'envoyer au roi le chef de bataillon
Leclerc. Il est encore à Harlem et il se chargera de cette dépêche.
Je ne doute pas qu'il ne rapporte des assurances faites pour plaire.
Mais les faits jusqu'à présent répondent bien faiblement aux
paroles.
M. le baron de Gilsa, récemment nommé envoyé extraordinaire de S. M.
le roi de Westphalie, a eu l'honneur de remettre au roi ses lettres
de créance. C'est un homme entièrement nouveau dans la carrière
diplomatique.
Espérons que je serai dans quelque temps assez heureux pour pouvoir
adresser à V. Excellence un rapport satisfaisant. Croyez, je vous
prie, que je le désire vivement, mais que je doute d'en venir à ce
point avant que l'empereur n'ait jeté un regard sur la Hollande, et
que S. M. impériale et royale n'ait trouvé un moyen de tarir la
source du mal.
Il paraît que Sa Majesté rappelle le maréchal Dumonceau et que le
général Brune commandera les troupes hollandaises en Zélande. On
assure que le roi ne veut pas que ce maréchal serve sous les ordres
du prince de Ponte-Corvo. Il doit y avoir en Zélande environ 10,000
hommes. Dans le reste du royaume il y a peut-être de 3 à 4,000
hommes. Mais depuis que le général Krayenhoff est ministre, Sa
Majesté fait de nombreuses promotions. L'état-major de l'armée et le
corps d'officiers ne sont pas en proportion des hommes. Je crois que
l'on pourrait cependant porter l'armée à 20,000 hommes; mais il
serait difficile d'aller plus loin, le recrutement se faisant avec
beaucoup de peine.
Le ministre de la marine est dans une position moins bonne, car à
l'exception des chaloupes canonnières il n'y a pas d'armement. Les
équipages ont été licenciés. Cependant la Hollande pourrait en trois
mois armer neuf ou dix vaisseaux de ligne, mais il n'y a pas
d'argent. Enfin, soit par une cause, soit par une autre, il en
résulte que la Hollande n'a sous les armes qu'environ 14,000 hommes,
quelques gardes nationales non exercées, deux vaisseaux de ligne ou
trois, en comptant le _Chatam_, qui est en rivière de Meuse,
quelques bricks, goëlettes et des chaloupes canonnières. Il en reste
en outre les douaniers et gardes-chasse.
Je reçois à l'instant la lettre que V. Excellence m'a fait l'honneur
de m'écrire d'Altenbourg le 4 de ce mois.
Je vais notifier à M. de l'Angle le décret de S. M. Impériale et
royale.