LAROCHEFOUCAULD À CADORE.

Amsterdam, 23 août.

Par ma lettre particulière du 19 de ce mois, j'ai eu l'honneur de

prévenir V. Excellence que Sa Majesté est arrivée le 17 ici. Depuis

cette époque le roi n'a vu personne. On dit que la santé de Sa

Majesté est un peu altérée. Elle s'occupe journellement de la

défense du pays. Quinze cents soldats de la garde, après être restés

vingt-quatre heures à Amsterdam, sont retournés au camp où ils

étaient lorsqu'ils furent envoyés à Berg-op-Zoom. On attend au même

camp la division du général Gratien qui doit maintenant être entrée

en Hollande, en revenant d'Hanovre.

Les gardes nationales s'organisent ainsi que quelques corps de

volontaires; mais les bourgeois hollandais ont de la peine à devenir

soldats. Demain douze compagnies de 100 hommes chacune doivent

sortir de la ville pour aller aux lignes. Cet essai donnera une idée

de la possibilité d'utiliser cette milice. On se plaint de la

manière dont ces compagnies ont été formées. Les officiers ont

choisi les hommes sans aucun égard pour leur famille ni pour leur

âge, mais uniquement en consultant leur passion. Il y a donc une

foule de réclamations dont plusieurs ont été écoutées.

On parle d'un décret que le roi doit prendre, par lequel Sa Majesté

recevra tous les navires américains en faisant recharger les

marchandises déposées dans les magasins royaux. Mais V. Excellence

sera surprise d'apprendre que les magasins sont vides, que tout a

été rendu aux propriétaires ou consignataires; qu'ainsi cette

décision, qui paraît être très forte, n'aura aucun but réel. Les

cafés et les sucres qui ont été apportés par des bâtiments

américains ont probablement été tous reconnus production de l'île de

Java. La ligne de douaniers français qui cerne dans ce moment la

Hollande a fait un grand effet en bourse. Les marchandises ont

beaucoup baissé. Les premières qualités de café de 3 et 4 sont

tombées à 50 c. Les cotons ont éprouvé la même baisse. Il devient

impossible d'exporter aucune denrée coloniale, même en Allemagne, et

le commerce est dans une crise fâcheuse.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 245 / 358 题