ROËLL À LAROCHEFOUCAULD.

Amsterdam, 8 août.

Je me suis fait un devoir de mettre sous les yeux du roi les

différentes réclamations que V. Excellence m'a fait l'honneur de

m'adresser au sujet de plusieurs navires capturés par des corsaires

français; je me suis également empressé de soumettre à Sa Majesté

les observations contenues dans la lettre de V. Excellence du 31

juillet, relativement à la marche adoptée depuis quelque temps en

Hollande de renvoyer sur un simple ordre du roi l'équipage français

des prises qu'on regarde comme irrégulières.

La mesure contre laquelle V. Excellence a cru devoir réclamer a été

provoquée par les excès des corsaires qui, se comportant en vrais

pirates, s'arrogent le droit de s'emparer de tous les navires sans

distinction, à l'embouchure de nos rivières et dans les eaux mêmes

de la Hollande, sans aucun respect pour la souveraineté

territoriale. C'est ainsi que le 1er du mois passé, le corsaire _le

Furet_ s'est emparé d'un navire popembourgeois, de _Trree

Gebroeders_, capitaine _Jennis Pieters_, chargé de sel, venant de la

Norvège; les déclarations unanimes des gardes-signaux des côtes ne

laissent aucun doute que cette prise n'ait été faite dans les

limites du royaume. Le lendemain, les corsaires _l'Hébé et la

Revanche_ ont conduit au Texel cinq autres bâtiments sous pavillon

neutre, chargés de sel et destinés pour des ports hollandais. Les

prises ont été également faites à l'embouchure de nos rivières.

Quelque extension que l'on veuille donner aux droits de la guerre,

ils ne pourront jamais servir à justifier la violation des droits

sacrés d'une puissance amie et alliée, et toutes les fois que des

armateurs se permettent des voies de fait dans l'enceinte de la

juridiction maritime d'un état, le souverain territorial a le droit

de punir et de réprimer leurs excès.

Leurs prises étant par elles-mêmes des actes d'hostilité, ils ne

peuvent plus invoquer la protection des formes légales, mais ils

doivent être soumis à l'action immédiate du gouvernement qui peut

sans aucune forme de procédure leur faire lâcher prise. De même

lorsque les corsaires s'avisent de surprendre des bâtiments sortants

ou entrants avec permission, le pouvoir exécutif a également le

droit de connaître administrativement de ces prises.

D'après ces principes avérés par les publicistes les plus éclairés,

c'est donc à tort que les corsaires français se plaignent d'une

mesure que leurs propres désordres ont provoquée. Aussi Sa Majesté

a-t-elle décidé qu'il n'y a pas lieu de revenir sur le passé ni de

soumettre les affaires déjà terminées à un nouvel examen.

Cependant, pour donner une nouvelle preuve de se rendre autant que

dépendra d'elle aux voeux de V. Excellence, Sa Majesté a bien voulu

ordonner qu'à l'avenir la discussion sur la validité des prises

conduites dans les ports de Hollande sera portée au Conseil pour les

affaires maritimes et de commerce (Raad van Indication), et que même

dans le cas où les corsaires viendront à être accusés d'avoir violé

le territoire du royaume, la prise ne sera adjugée que sur une

décision motivée du dit Conseil, qui déclare la prise bonne et

légitime, ou qui condamne le corsaire, après avoir mis les

intéressés à même de faire valoir leurs droits.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 244 / 358 题