Vienne, 17 juillet.
Monsieur l'ambassadeur, le décret par lequel le roi de Hollande a
ouvert les ports de son royaume aux navires et aux productions des
États-Unis a causé à S. M. l'empereur un vif déplaisir.
C'est pour ainsi dire au moment même où la Hollande obtenait de Sa
Majesté une faveur qu'elle avait ardemment désirée, qu'elle a pris
elle-même une mesure contraire aux vues et aux intérêts de la
France, autant qu'elle est favorable aux desseins de l'ennemi.
Sa Majesté vous charge de demander la révocation instante, immédiate
de ce décret. Elle vous charge de faire connaître que la Hollande ne
doit pas se flatter de pouvoir tenir en fait de commerce maritime
une ligne de conduite qui ne soit pas entièrement conforme à celle
de la France et du reste du continent; qu'elle doit être
indissolublement unie à la France, partager son sort, sa bonne et sa
mauvaise fortune, n'avoir d'autre système que celui de la France, le
suivre sans déviation; qu'autrement, si elle veut séparer sa cause
du continent, l'empereur, à son tour, se séparera d'elle.
Sa Majesté veut que vous mettiez la plus grande énergie dans votre
langage, ce que vous saurez faire en gardant tous les égards que
vous avez pour le roi et que vous lui devez. Mais il faut que tous
les ministres et tous ceux qui ont la confiance du roi sentent que
non seulement un refus, mais de simples hésitations, pourraient
avoir les conséquences les plus sérieuses. Vous iriez même s'il le
fallait (mais je suppose que cela ne sera pas nécessaire), vous
iriez, dis-je, jusqu'à déclarer que si la Hollande ne se remet pas
sur le champ sur le même pied que la France, et ne rentre pas dans
son système pleinement et sans réserve, vous ne pouvez pas garantir
qu'elle ne cessera pas d'être considérée comme alliée et comme amie,
ni répondre de la continuation de l'état de paix.
_P. S._--Cette lettre écrite, j'ai reçu celle que vous m'avez
adressée le 6 de ce mois. J'en ai rendu compte à Sa Majesté, qui
approuve la mesure que vous avez prise de défendre aux consuls
français de donner des certificats d'origine pour les objets dont le
roi de Hollande vient de permettre l'introduction.