LAROCHEFOUCAULD À CADORE.

Amsterdam, 13 mai.

Je profite de l'occasion de M. de Vaux, qui est appelé au quartier

général de S. M. impériale et royale, pour faire parvenir cette

dépêche à Votre Excellence.

Depuis quelques jours il s'est répandu ici plusieurs pamphlets

écrits dans un très mauvais esprit: ils ont été saisis par la

police. Celui que l'on répandait avec la plus grande profusion était

une espèce de manifeste du prince d'Orange qui, rappelant aux

Hollandais leur ancienne splendeur et le bonheur dont ils

jouissaient sous son gouvernement, les invitait à le rappeler au

milieu d'eux, promettant d'y venir sur le champ et de les défendre,

aidé par les Anglais, contre les dangers qu'ils pourraient redouter.

Ces pamphlets n'ont produit aucune fermentation; mais l'opinion

publique est bien molle et l'absence du roi fait un bien mauvais

effet. On est étonné et fâché de voir le voyage du roi se prolonger

dans des circonstances aussi importantes. Le roi perd dans l'opinion

publique, et je crains que les personnes qui entourent Sa Majesté ne

l'engagent à s'éloigner de sa capitale que pour lui nuire et le

perdre. J'ai de fortes raisons de croire qu'ils me craignent, et ils

caressent les anciennes idées du roi, en ne lui faisant voir

d'indépendance que lorsqu'il est éloigné des Français. Je me fais

rendre compte de tout ce qui se passe, et si je voyais le moindre

danger, je me rendrais sur le champ auprès du roi pour déjouer les

mauvais esprits qui l'entourent. Tout est tranquille ici. La

garnison d'Amsterdam est au camp de Naarden. La garde du roi est

même partie, et le palais, ainsi que la ville, n'a plus qu'un

bataillon de vétérans qui occupent tous les postes. Le ministère est

dans de très bonnes dispositions et je l'y maintiendrai. V.

Excellence peut donc être bien tranquille; je lui écris aujourd'hui

à la hâte et aurai l'honneur de lui rendre un compte plus détaillé

au premier moment.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 239 / 358 题