Paris, 23 mai.
Les nouvelles entraves qu'éprouve de toutes parts le commerce
hollandais m'imposent le devoir de renouveler à Votre Excellence
avec les plus vives instances les démarches que j'ai déjà eu
l'honneur de faire plus d'une fois pour obtenir de S. M. l'empereur
et roi que les relations commerciales entre la France et la Hollande
soient rétablies sur le même pied où elles étaient avant les mesures
prohibitives émanées de France dans le mois de septembre dernier.
Votre Excellence sait que l'implacable ennemi de la prospérité
hollandaise vient de déclarer de nouveau en état de blocus tous les
ports de la Hollande. Il empêche également la sortie des bâtiments
neutres chargés de productions hollandaises, et comme la saison où
nous sommes entrés permet à ses nombreuses croisières d'observer
toute l'étendue de nos côtes d'un bout à l'autre, le peu de commerce
qui restait encore à ce pays est par là entièrement détruit.
L'inimitié entre les deux nations est à son comble, et si
l'Angleterre pouvait anéantir aujourd'hui toute la Hollande, elle y
emploierait tous ses moyens et regarderait la destruction de son
ancienne rivale comme la plus grande conquête remportée sur
l'industrie des autres nations.
Il paraît que ce nouvel acharnement est une suite de la sévérité
avec laquelle le roi a fait exécuter dans les ports de son royaume
les mesures du blocus. Les Anglais ont cru devoir s'en venger. Mais
le peuple hollandais, habitué depuis longtemps aux plus grands
sacrifices, toujours ferme et inébranlable dans ses principes, ne
ralentira pas ses efforts pour la cause commune. Il aime à nourrir
l'espoir qu'il trouvera dans ses relations avec la France une
compensation à ses pertes.
Le roi mon maître, plaçant dans cet état de choses, comme toujours,
sa confiance entière dans l'amitié de son très auguste frère, se
flatte que S. M. impériale et royale voudra bien prendre en
considération qu'il est impossible que la Hollande reste entre deux
prohibitions, et désire vivement qu'elle accorde la suppression du
décret du 16 septembre dernier qui pèse si fâcheusement sur les
liaisons commerciales entre les deux pays et est si nuisible à leurs
intérêts réciproques.
Votre Excellence connaît particulièrement la fâcheuse impression et
les funestes résultats que ce décret a produits en Hollande; je la
prie donc instamment de vouloir profiter de la première occasion
favorable pour mettre le contenu de cette lettre sous les yeux de S.
M. impériale et royale et d'honorer ma demande de son appui.