Paris, 11 avril.
J'ai reçu les ordres les plus pressants du roi mon maître, de
communiquer confidentiellement à Votre Excellence les inquiétudes
dans lesquelles Sa Majesté se trouve au sujet des préparatifs
secrets qui se font actuellement dans les ports de l'Angleterre et
qui pourraient bien être dirigés contre les côtes de la Hollande.
Ce qui paraît autoriser cette idée, c'est que depuis quelque temps
les Anglais prennent et amènent nos pêcheurs, qu'ils s'approchent
plus constamment et plus près des côtes, qu'enfin, depuis quelques
jours, ils reconnaissent les côtes et sont occupés à sonder partout
où elles présentent des facilités pour un débarquement.
Les forces que le roi a de disponibles pour s'opposer à un projet de
débarquement quelconque sont extrêmement faibles; il ne reste à Sa
Majesté que ses gardes et deux bataillons qu'elle a donné l'ordre de
concentrer et de faire camper pour en tirer le meilleur parti en cas
de besoin. Elle fait armer en même temps la garde nationale, mais
elle ne se dissimule pas combien peu elle doit se reposer sur ces
deux ressources, et que son pays serait essentiellement exposé si
elle ne peut pas augmenter son corps d'armée, n'ayant d'ailleurs
pour la garde des côtes que quelques canonniers et quelques hussards
de distance en distance.
Je prie Votre Excellence de mettre cet état de choses sous les yeux
de S. M. l'empereur, qui saisira d'un coup d'oeil tous les dangers
de la Hollande, et accueillera, je l'espère, les sollicitations du
roi pour que les troupes hollandaises, actuellement dans le nord de
l'Allemagne, puissent rejoindre le pays et contribuer à sa défense.
Le roi m'a chargé de demander cette faveur avec d'autant plus
d'instance qu'elle regarde que la réunion de ces troupes à celles
qui lui restent lui donnera à peine les forces suffisantes pour
faire une résistance convenable à une attaque éventuelle[156].
[Note 156: L'empereur refusa de rendre les troupes
hollandaises.]
Le roi mon maître, en me donnant les ordres ci-dessus énoncés, m'a
envoyé en même temps deux lettres pour son très auguste frère, et
m'a enjoint de solliciter une audience particulière de Sa Majesté
pour avoir l'honneur de les lui remettre. Je serais très flatté si
Votre Excellence voudrait en faire part à S. M. impériale et royale
et m'obtenir cette grâce.