Paris, 28 février.
Votre Excellence connaît tout l'empressement que le roi mon maître a
mis à concourir aux mesures du blocus des Îles Britanniques
décrétées par S. M. impériale et royale. Elle sait également que Sa
Majesté n'a pas borné ses dispositions à celles qui existaient à ce
sujet en France, mais que, pour ôter à ses sujets jusqu'à la
possibilité même d'entretenir des relations de commerce avec
l'ennemi, elle a cru devoir fermer pendant quelque temps ses ports à
toute espèce de navigation et suspendre l'exportation des produits
du sol et de l'industrie nationale, même pour les ports neutres et
amis.
En imposant à son peuple des sacrifices dont l'histoire n'offre
guère d'exemple, Sa Majesté a donné la plus éclatante preuve de la
pureté de ses intentions et de son dévouement à la personne de S. M.
impériale et royale. Mais un système qui ôte à un peuple commerçant
tous les moyens de faire le commerce ne saurait être suivi que
pendant un très court espace de temps, et Sa Majesté est maintenant
convaincue de l'impossibilité d'y persister davantage sans que la
ruine d'un très grand nombre de ses sujets n'en soit le résultat
inévitable.
N'ayant cependant et ne pouvant même avoir d'autre volonté que celle
d'entrer dans les mesures que son auguste frère a conçues pour le
continent, Sa Majesté a réfléchi sur les moyens de concilier les
dispositions du blocus avec les besoins de son peuple, et elle s'est
déterminée à adopter pour son pays toutes les mesures que le
gouvernement français a prises ou pourrait prendre encore durant
cette guerre à l'effet d'empêcher les communications avec
l'Angleterre et avec les possessions britanniques dans les deux
Indes, mais à accorder aussi à ses nationaux les mêmes avantages que
S. M. impériale et royale laisse au commerce français.
Chargé d'avoir l'honneur d'informer V. Excellence des dispositions
que Sa Majesté compte introduire avec le commencement du mois
prochain, je m'en acquitte par la présente et profite en même temps
de l'occasion pour lui exprimer de nouveau les voeux de ma cour,
qu'il plaise à S. M. impériale et royale de supprimer le décret du
16 septembre dernier et de rétablir les relations du commerce entre
les deux pays sur le même pied où elles étaient avant cette époque.
Le roi m'a autorisé à donner les assurances les plus positives qu'il
emploierait tous les moyens qui sont en son pouvoir à surveiller la
stricte exécution des mesures adoptées pour empêcher toute
communication avec l'ennemi. L'organisation actuelle des douanes
hollandaises, au sujet de laquelle V. Excellence m'a demandé
quelques renseignements que j'ai l'honneur de lui adresser
ci-joints, offre à cet effet bien des ressources. Sa Majesté les
augmentera de toute manière et elle recevra avec reconnaissance les
projets d'amélioration que le gouvernement français voudra bien lui
soumettre.