LAROCHEFOUCAULD À CADORE.

Amsterdam, 6 mars.

On a reçu plusieurs fois des nouvelles du roi. Sa Majesté, le jour

même de son départ, a été au Loo, d'où elle a fait quelques petites

excursions. Elle est partie trois jours après pour Zvol et l'on

suppose qu'elle continuera sa tournée pour l'Over-Yssel et que

peut-être elle reviendra par le Brabant. Le roi voyage avec le

ministre de l'intérieur et celui des cultes. Sa Majesté est en outre

accompagnée des officiers de sa maison que j'ai eu l'honneur de

désigner à V. Excellence dans mon dernier numéro. On assure que le

roi est bien portant et content de son voyage. Le ministre de

Wesphalie a reçu un courrier du roi Jérôme. Il est en conséquence

parti sur-le-champ pour rejoindre Sa Majesté le roi de Hollande. Les

communications entre ces deux cours sont très fréquentes. V.

Excellence sait mieux que personne que Varel[155] est rendu à S. A.

le duc d'Oldenbourg; M. Berger, qui était chargé ici de suivre cette

négociation, est sur le point de repartir. Il doit remettre

aujourd'hui à M. Roëll une boîte avec le portrait du duc. Je

rappellerai à V. Excellence la nécessité d'empêcher que cette

restitution ne nuise à l'ensemble des mesures prises pour empêcher

la contrebande. Varel peut devenir très nuisible s'il n'est pas bien

gardé. On m'a assuré qu'il serait occupé par des troupes françaises:

de cette manière, tout est bien. Dans le cas contraire, il

deviendrait indispensable de surveiller la communication entre Varel

et Helgoland. On s'occupe ici d'un nouveau cérémonial,

malheureusement les grands officiers de la couronne qui sont chargés

de ce travail sont peu propres à remplir sur cet objet les

intentions du roi. Aucun n'a connu les cours étrangères et, par

conséquent, ne peut juger du bien ou des inconvénients de telles ou

telles étiquettes. Au reste nous avons grand besoin d'un changement,

car rien n'est fixé. Il y a quelques jours, le corps diplomatique

avait été invité au bal du roi par le chambellan de service, et l'on

apprit par le ministre des affaires étrangères, à 6 heures du soir,

que le bal n'aurait pas lieu le même jour, à 8 heures; et la note

officielle qui annonçait ce changement prévenait aussi qu'une

audience diplomatique qui devait précéder le bal était ajournée,

tandis que personne n'avait connaissance de cette audience.

[Note 155: Varel, ville située près des embouchures du Vezer,

à 30 kil. nord d'Oldenbourg.]

Je regrette de n'avoir pu remplir les ordres de V. Excellence,

relativement à l'article qu'elle m'avait chargé de faire insérer

dans la gazette hollandaise la plus répandue; mais il avait paru

dans la _Gazette royale_, deux jours auparavant, un article que j'ai

l'honneur de vous envoyer. Il avait été publié par ordre du roi,

d'après, ce que l'on assure, les informations venues à Sa Majesté

par M. Jacobson, son ministre près S. A. I. le prince Primat. Les

différents rédacteurs ont eu peur que l'on ne regardât cet article

comme une réfutation de celui de la _Gazette royale_, et, comme ils

sont sujets à une censure sévère, ils ont demandé qu'on les garantît

de ce qu'on pourrait leur dire à ce sujet. J'ai pensé que cela ne

remplissait pas le but de V. Excellence, et je me suis contenté de

faire passer, par une main sûre, ce même article à Hambourg, où il

sera rendu public et d'où il reviendra en Hollande sans que l'on

puisse soupçonner qu'il vienne de moi. Au surplus, j'ai employé des

personnes si sûres, que je puis répondre que personne n'a

connaissance de ce que j'ai fait et voulu faire.

On répandait hier en ville que la véritable raison du départ du roi

était une entrevue que Sa Majesté devait avoir avec le roi de

Westphalie. On disait aussi que le baron de Münchhausen n'était

parti que pour rejoindre son souverain.

On croit ici à la guerre. Les lettres de Paris et celles de Vienne

en contiennent l'assurance. On ne peut plus placer aucun papier sur

cette dernière place, à quel taux que ce soit. On parle aussi d'une

expédition du Danemark contre la Suède, et l'on assure qu'une

immense quantité de marchandises anglaises et coloniales trouve un

débouché en Russie. Au reste, toutes ces nouvelles sont des _on dit_

que V. Excellence peut apprécier mieux que personne. Ce qui n'est

pas une chose incertaine, c'est la position affreuse de la Hollande

et la nécessité de s'occuper de son sort. Toute la ville assure que

le retour de la reine est très prochain, et cette idée plaît

généralement.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 229 / 358 题