Amsterdam, 13 février.
Sa Majesté est arrivée hier d'Utrecht à 7 heures du matin. On
m'assure que le roi n'est pas incommodé des fatigues qu'il a
souffertes dans ses différentes courses. Enfin il est pénible de
voir que, lorsque le pays est si bien disposé, le gouvernement le
soit aussi peu à rendre justice aux Français, ce qui m'oblige à
réclamer très souvent pour des objets qui ne devraient pas faire la
moindre difficulté. Le gouvernement hollandais est inquiet; mille
choses me le prouvent. Non seulement l'on m'a fait plusieurs
questions, mais encore l'on s'est adressé à d'autres personnes que
l'on supposait instruites. L'ambassadeur n'écrit rien et son silence
étonne et afflige.--Si le gouvernement attend avec impatience et
crainte ce que l'empereur décidera, les vrais Hollandais ne sont pas
moins tourmentés de l'incertitude de leur situation politique. Les
têtes sages regardent l'absence de la reine comme une preuve de
l'instabilité de leur position. Plusieurs personnes marquantes m'en
ont parlé souvent dans ce sens. Elles craignent pour leur patrie
tant que leur souveraine n'est pas au milieu d'eux, comme un gage
des bontés de Sa Majesté impériale et royale pour la Hollande. Cette
opinion est générale, elle occupe tous les amis de l'indépendance de
ce pays-ci, qui savent et reconnaissent qu'ils ne peuvent avoir
d'autre système politique que celui de la France et qui voient à
regret que leur gouvernement dépasse souvent les hautes conceptions
de l'empereur sans jamais en atteindre le but.
Décret de l'empereur (3 mars) cédant en toute souveraineté au prince
Napoléon-Louis, fils aîné du roi de Hollande, le grand-duché de Berg
et Clèves, qui lui était rétrocédé par Murat par suite du traité de
Bayonne du 15 juillet 1808[154].
[Note 154: Ce prince Napoléon-Louis était le second fils du
roi. Le premier était mort l'année précédente; le second,
celui-ci, mourut en 1831, de la rougeole, à Forli, ou
empoisonné pendant l'insurrection des Romagnes, où il avait
pris parti contre le pape avec son frère, plus tard
l'empereur Napoléon III.]