LAROCHEFOUCAULD À CADORE.

Amsterdam, 6 février.

Monsieur, nos occupations sont maintenant bien tristes en Hollande.

La plus grande partie des provinces méridionales de ce royaume est

submergée et les détails qui nous arrivent journellement sont loin

d'être rassurants, etc.

Le roi qui, comme j'ai eu l'honneur de le mander à V. Excellence,

est parti il y a près de quinze jours, après s'être arrêté 24 heures

à Utrecht, a été jusqu'à la ville de Gorcum. Il paraît que dans

cette dernière ville S. Majesté a couru de grands dangers et que les

ordres qu'elle a donnés, ainsi que le courage, que la présence du

souverain impose toujours, ont fortement contribué à garantir de

l'inondation la partie de la ville de Gorcum située dans la province

de Hollande. La partie gueldroise de cette ville était déjà sous

l'eau, et ce n'est qu'à force de monde qu'on a pu préserver la digue

qui sépare les deux parties de cette même ville. Je regrette

qu'après avoir terminé ce voyage, qui fait d'autant plus d'honneur

au roi que sa santé est délicate, S. Majesté n'ait pas cru devoir

revenir dans sa capitale. Le roi est resté à Utrecht où il est

depuis plusieurs jours et où il a fait venir une grande partie de sa

maison. Tous les ministres ont été appelés avant-hier. D'un autre

côté, la prorogation des séances du Corps législatif, qui retient à

Amsterdam les plus riches propriétaires, ne leur avait fait aucun

plaisir, et l'absence du roi leur fait craindre que l'époque fixée

au 15 mars ne soit encore insuffisante...

Il existe donc un mécontentement qui balance les justes éloges que

l'on se plaît à rendre à la conduite personnelle du roi.

Le ministre terminait cette lettre en se plaignant de ce que le roi

avait voulu recevoir un Français alors en Hollande, M. Faypault,

ancien préfet, sans qu'il soit présenté à son audience par lui,

comte de Larochefoucauld, ministre de France. L'empereur fit

répondre, le 24 février, que le roi son frère pouvait, à cet égard,

agir comme bon lui semblait[153].

[Note 153: On voit, d'après cela, qu'il y avait pique entre

le roi et le ministre de France.]

Dépêche secrète.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 225 / 358 题