Erfurth, 12 octobre.
M. le chevalier Bourdeaux m'a remis la lettre que vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire. Je lui ai procuré sans délai une audience de
l'empereur, et il a eu l'honneur de remettre à S. Majesté la lettre
de S. Majesté le roi de Hollande. J'avais précédemment entretenu S.
M. l'empereur du sujet de la mission de M. le chevalier Bourdeaux et
je lui avais lu la lettre que vous m'avez adressée. Je suis autorisé
à vous déclarer que rien ne serait plus mal fondé que la supposition
qu'on aurait voulu comparer et mettre sur la même ligne les peuples
de la Hollande et de l'Espagne, un peuple patient, soumis, éclairé,
qui supporte avec courage de grands sacrifices, et des hommes
aveugles, égarés par l'ignorance et la violence de leurs passions,
et qui repoussent dans leur délire le bien qui leur est offert. Le
décret qui vous a donné lieu de faire cette supposition est tout à
fait étranger aux affaires politiques. Il a été proposé par le
ministre des finances, discuté au conseil d'État; c'est un décret
d'administration intérieure dicté par les intérêts de cette
administration. L'empereur en a plus particulièrement fait connaître
les motifs au chevalier Bourdeaux. Je ne reviens pas sur ce qu'a dit
Sa Majesté, M. Bourdeaux en rendra compte au roi. J'ajoute seulement
que, dans le moment où nous cherchons à établir par des bâtiments
qu'on a appelés _aventuriers_ des relations directes avec nos
colonies, on ne doit pas être étonné que nous cherchions à
décourager les importations des denrées coloniales qui sont faites
par les étrangers. Sa Majesté l'empereur m'a annoncé l'intention de
répondre à Sa Majesté le roi et de charger M. le chevalier Bourdeaux
de cette réponse[151].
[Note 151: En effet, M. Bourdeaux rapporta au roi une lettre
de l'empereur datée d'Erfurth, 12 octobre, lettre toute de
persiflage et frisant l'impertinence, contenant le refus de
remplacer près de lui l'ambassadeur comte de Larochefoucauld.
Les relations entre les deux souverains ne pouvaient être
plus tendues.]