LAROCHEFOUCAULD À CADORE.

Amsterdam, 15 août.

Je n'ai que le temps, avant le départ du dernier courrier, d'envoyer

à Votre Excellence la réponse officielle du roi transmise par M.

Roëll. Je l'ai déjà trouvée plus mesurée que ce que j'avais entendu

quelques heures auparavant, et j'ai su que le roi avait senti la

position fausse dans laquelle il s'était placé, ainsi que moi,

lorsqu'il me parla devant son ministre. J'ai eu l'honneur de revoir

Sa Majesté avec laquelle j'eus une longue conférence, et je dois à

la vérité d'assurer à Votre Excellence que je l'ai trouvée

absolument différente dans son opinion, du moins dans la manière de

l'exprimer. Le roi m'a dit que son idée, en rendant M. Roëll témoin

de sa réponse, était, dans une affaire aussi majeure, qu'elle fût

connue de son ministre. Je lui ai observé que ceci ne me paraissait

pas être le meilleur moyen d'atteindre son but; car son ministre

pouvait me répondre s'il ne s'agissait uniquement que de me faire

connaître sa détermination; mais que, me faisant l'honneur de

m'appeler, je devais supposer que Sa Majesté voulait discuter la

proposition, ce qui devenait inutile dès que sa réponse était

concertée d'avance. Nous avons repris l'objet en question; nous en

avons discuté les avantages pour la Hollande ainsi que les

désavantages, et j'ai vu que la répugnance du roi à cet échange

tenait plutôt à l'impossibilité où il se croyait de céder une partie

de ses sujets, et au doute qu'il avait que cette proposition plût ou

convînt à la nation qu'à aucune autre raison; qu'ainsi il ne pouvait

pas le demander, mais qu'il ne s'y opposerait pas et en serait

peut-être bien aise, si le résultat était un avantage dont ce pays

ne peut se passer. Le roi m'a dit avoir écrit à l'empereur. Je puis

ajouter à Votre Excellence que plusieurs personnes m'ont parlé de

cette affaire, quelques-unes comme la désirant, regardant que leur

patrie a besoin de possessions en Allemagne pour se soutenir pendant

la guerre; d'autres comme espérant de la générosité de l'empereur un

avantage pour ce pays; enfin d'autres comme jugeant nécessaire de

faire une cession qui convenait à l'empereur, et par cela mériter

ses bontés et échanger l'opinion que l'on suppose à S. M. impériale

et royale sur la Hollande. Enfin, comme j'ai eu l'honneur de vous le

mander dans une de mes dépêches précédentes, l'on commence à sentir

que l'on ne peut plus rien attendre que de la France. Le résumé de

cette dépêche est donc que l'empereur peut faire l'échange s'il le

désire, et que Sa Majesté attirera à elle tout ce pays-ci si elle

juge devoir l'aider à sortir de la crise où la stagnation du

commerce le met. Le roi m'a traité avec beaucoup de bonté la

dernière fois que j'ai eu l'honneur de le voir. Je lui ai rappelé

différents griefs pour telle ou telle affaire particulière que

j'avais eu à traiter. Sa Majesté a eu la bonté de m'en éclaircir

plusieurs. J'espère, dans ce voyage, avoir fait quelques pas vers le

but que je me propose; il y a certainement du mieux. Il n'entre pas

de bâtiments, et c'est beaucoup. Je désire pouvoir bientôt mander à

Votre Excellence que ce mieux est devenu un bien. Je n'épargne rien

pour y parvenir. Je vais aller au _Te Deum_ que le roi fait chanter

à sa chapelle.

Dans mon premier numéro j'aurai l'honneur de vous rendre compte de

la manière dont la journée se sera passée[150].

[Note 150: Les ambassadeurs français accrédités auprès des

rois frères de l'empereur prenaient le nom d'ambassadeurs de

famille, et avaient mission de faire connaître à Napoléon

toute la conduite privée et publique des souverains.]

M. le général Brunot, aide de camp du roi, vient d'être nommé grand

écuyer.

M. le comte de Turkheim Montmartin, ministre de la cour de

Wurtemberg, vient d'obtenir son rappel, M. de Munch, son secrétaire

de légation, vient d'arriver. Il restera chargé d'affaires, en

attendant une nouvelle nomination.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 215 / 358 题