CADORE À LAROCHEFOUCAULD.

Bayonne, 19 juillet.

Dans une de vos dernières dépêches, vous avez énoncé une idée qui a

fixé l'attention de S. Majesté. Vous parliez de la difficulté de

prévenir le versement des marchandises de contrebande de Hollande en

France, difficulté qui tenait principalement à la nature des

frontières actuelles entre les deux États, et qui ne cesserait que

lorsque la frontière de l'Europe française aurait été portée jusqu'à

la Meuse. Sa Majesté n'a point méconnu la justesse de vos

observations, et elle entrevoit volontiers un arrangement avec le

roi son frère pour parvenir à une rectification de frontières qui

faciliterait l'action des douanes et aurait le grand avantage de

donner à la France une ligne non interrompue de limites naturelles.

Il est loin des idées de S. M. de demander des cessions gratuites à

la Hollande; elle ne veut même faire aucune proposition d'échange

avant de savoir si elle pourrait convenir au roi.

Je vous invite en conséquence, Monsieur l'ambassadeur, à vouloir

bien sonder l'opinion du gouvernement hollandais à cet égard, vous

vous attacherez surtout à connaître quelles indemnités la Hollande

désirerait, dans la supposition où elle nous céderait soit les

territoires à la gauche de la Meuse, soit même tout ce qui est à la

gauche du Vaal. Le plus important pour la France est d'obtenir une

frontière fixe et bien définie, ce qu'elle trouve dans la Meuse et

encore plus dans le Vaal, soit que la Zélande fasse ou ne fasse

point partie de la cession.

La Hollande peut trouver une compensation dans les pays d'Allemagne

qui sont encore à la disposition de Sa Majesté. Le grand-duc de Berg

est dans cette classe. Les souverains des petits États qui touchent

à la Hollande pourraient, au moyen d'arrangements particuliers, être

transportés ailleurs. Je ne vous en dis point davantage, Monsieur

l'ambassadeur, j'attends que vous m'ayez fait connaître les

dispositions dans lesquelles vous aurez trouvé le ministère

hollandais. Votre premier soin doit être de découvrir ses vues, de

savoir ce qui peut être à sa convenance, et, lorsque vous m'en aurez

instruit, j'aurai l'honneur de prendre et de vous faire connaître

les intentions de Sa Majesté; mais ne faites aucune proposition

directe.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 211 / 358 题