Bayonne, 12 juillet.
Lorsque S. Majesté, usant d'un juste droit de représailles, eut
déclaré les îles Britanniques et leurs colonies en état de blocus,
la presque totalité des puissances du continent, également blessées
par les prétentions exagérées de l'Angleterre, se réunirent
successivement à S. Majesté et résolurent, d'un commun accord, de
suspendre toute communication entre leurs États et les îles
Britanniques. Votre gouvernement adopta le premier les mesures qui
avaient été prises par l'empereur.
Aujourd'hui l'Angleterre ne compte plus qu'une puissance amie sur le
continent. Tous les ports de l'Europe, à l'exception des ports de
Suède, sont fermés à son commerce. Les États-Unis d'Amérique ont
renoncé à toute communication commerciale avec elle, et il ne lui
reste plus de débouchés pour ses marchandises, de moyens
d'approvisionnement pour sa marine que dans ses propres colonies et
dans le Brésil, qui ne lui offre que de bien faibles ressources.
Plus son commerce est gêné, plus elle met d'activité, de soin et
d'adresse pour verser sur le continent, par le moyen de la
contrebande, ses marchandises et les denrées coloniales dont ses
magasins sont encombrés. Simulation de pavillon, papiers faux,
certificats d'origine publiquement contrefaits, tout est employé;
et, sans une surveillance active et continuelle de la part de toutes
les puissances du continent, les grandes mesures qu'elles ont
adoptées n'étant qu'imparfaitement exécutées n'obtiendront point
tout l'effet qu'on devait en attendre. Il ne suffit pas de fermer
tout débouché au commerce de l'Angleterre, et puisqu'elle est
séparée des autres puissances du continent en refusant de
reconnaître les principes du droit maritime qui les régit, il faut
maintenir l'interdiction qu'elle a prononcée elle-même, et que le
continent rompe toute communication avec elle. S. Majesté, en me
chargeant d'appeler l'attention de votre gouvernement sur ces deux
objets, se persuade que le roi son frère se fera un plaisir de
seconder ses vues et prendre les mesures les plus propres à déjouer
les tentatives de la contrebande, et à empêcher toute communication
quelconque entre ses sujets et les Anglais.
Je prie V. Excellence de vouloir bien porter à la connaissance de sa
cour les communications que j'ai l'honneur de lui adresser
aujourd'hui.