Amsterdam, 19 mai.
J'ai mis sous les yeux du roi mon maître la lettre que V. Excellence
m'a fait l'honneur de m'écrire aujourd'hui au sujet de quelques
vaisseaux nouvellement entrés dans les ports de ce royaume malgré
les lois prohibitives à cet égard.
Sa Majesté n'a pu voir qu'avec peine se renouveler une plainte
qu'elle se flattait d'avoir entièrement écartée par les dispositions
prises relativement à la fermeture des ports. Cependant, n'ayant
point de raisons suffisantes pour révoquer en doute la véracité des
informations parvenues à V. Excellence au sujet des bâtiments
susdits, elle s'est empressée d'expédier aussitôt un courrier
extraordinaire pour se faire rendre un compte exact sur cette
affaire, et, sans attendre le résultat des recherches, elle a décidé
que non-seulement les bâtiments indiqués par V. Excellence devront
se remettre en mer sans aucun délai, mais aussi que la clôture des
ports, précédemment décrétée, sera maintenue avec la plus grande
rigueur, et l'entrée défendue à tout bâtiment marchand, quels que
soient son pavillon et sa cargaison, et sans avoir égard à d'autres
considérations quelconques, si ce n'est celle du gros temps, à
l'exception cependant d'un seul, parti d'ici depuis dix-huit mois
pour Canton, avec la promesse positive de S. Majesté de ne trouver
aucun empêchement pour la rentrée dans nos ports, et au sujet duquel
elle se propose d'entretenir verbalement V. Excellence, en vous
faisant part de cette détermination du roi, par laquelle il se
flatte d'avoir détruit jusqu'à la' possibilité de tout abus
ultérieur. Je suis chargé particulièrement de vous communiquer en
même temps que si, d'un côté, S. Majesté n'a pu voir qu'à regret une
plainte quelconque faite de la part de son auguste frère, elle a su,
d'un autre côté, apprécier la nouvelle preuve de franchise et de
loyauté que V. Excellence vient de donner dans la manière dont elle
a dirigé la démarche à laquelle les informations reçues l'ont
obligée.
S. Majesté est si éloignée de se plaindre de la démarche même
qu'elle désire au contraire, que si, contre son gré, il y avait
encore à l'avenir quelque chose qui puisse être désagréable à son
auguste frère, et qu'il soit en son pouvoir de prévenir ou de faire
cesser, V. Excellence veuille, sans délai et sans réserve, faire
parvenir par mon organe ses informations à cet égard à la
connaissance de S. Majesté, laquelle, tout pénible que soit dans ce
moment pour ses sujets l'état où son royaume se trouve, est trop
convaincue que les sacrifices actuels sont le seul moyen de voir
renaître les avantages d'une paix prompte et durable, pour ne pas
persévérer avec une constance inébranlable dans toutes les mesures
dont ils sont la conséquence.