Rome, 31 mars 1831.
C'est avec un bien vif chagrin que vous et votre famille aurez
appris la mort de notre cher Napoléon; il a expiré à Forli le 17,
par suite d'une rougeole méconnue. Son frère le prince Louis seul
était auprès de lui, sa malheureuse mère n'étant arrivée que le
lendemain. Elle est à Ancône avec le seul fils qui lui reste; où
ira-t-elle? je l'ignore. Depuis un mois, les communications directes
avec les Marches étant interrompues, c'est par suite de tous ces
troubles que les lettres de Pompeï ne vous seront pas parvenues.
Les insurgés se sont battus contre les Autrichiens devant Forli avec
quelque avantage; ils ont fait une capitulation avec le cardinal
Benvenuti qui se trouve à Ancône, mais cette capitulation n'a pas
été ratifiée. À Modène, on fusille, on pend, on exile, on confisque.
Le pape, qui est bon, voudrait accorder un pardon entier, mais il y
a des cardinaux tellement énergumènes que l'on peut douter si le
pape et son secrétaire d'État pourront faire ce qu'ils désirent tous
deux, pardonner.
Les constitutionnels sont exaspérés contre la France, qui les a
sacrifiés, à ce qu'ils disent. Le fait est qu'il ne reste guère à
cette armée d'insurgés qu'à se faire tuer, si l'on n'intervient en
leur faveur, au moins en négociation. Quant à moi, je soupire après
ma patrie, car il est affreux de ne savoir sur quoi ni sur qui
s'appuyer.
Dans une lettre du 12 avril au duc de Rovigo, le roi écrit: «Il est
certain que le fameux Sircognani a trahi les siens pour 10,000
piastres et un passeport; on assure qu'Armandi et Bussy en ont fait
autant et ont sacrifié ce malheureux Zucchi qui s'est fié à de
pareilles canailles. Du reste, ils n'ont que ce qu'ils méritent.»
Jérôme, comme ses frères Joseph et Louis, n'approuva pas les coups
de tête de son neveu Louis-Napoléon à Strasbourg et à Boulogne. Il
ne cessa, surtout depuis la révolution de Juillet et la mort de la
reine (29 novembre 1835 à Lausanne), de revendiquer ses droits de
Français et l'autorisation de rentrer dans sa patrie.
Il obtint enfin de revenir à Paris à la fin de 1847 et allait
recevoir une rente viagère de cent mille francs, lorsque la
révolution de 1848 jeta hors de France la dynastie de Juillet.
L'ex-roi Jérôme et son fils s'empressèrent d'envoyer au gouvernement
provisoire leur adhésion à la République.