JÉRÔME À LA DUCHESSE DE ROVIGO.

Rome, 15 mars 1831.

..... Les troupes du pape sont à Civita-Castellana au nombre de

2,000 hommes, que l'on peut compter comme autant de troupes pour les

constitutionnels. L'enthousiasme depuis Bologne jusqu'à Otricoli est

incroyable; s'il y avait des armes, déjà 60,000 hommes seraient en

ligne.

Vous serez bien étonnée, chère duchesse, de savoir que c'est ce même

Sircognani que vous ayez vu si souvent faire votre partie d'écarté

qui est le héros du jour. C'est lui qui fait trembler Rome et qui,

probablement avant une dizaine de jours, y entrera. On aime le

saint-père, qui le mérite sous tous les rapports; mais on exècre le

gouvernement des prêtres, lesquels, s'ils venaient à triompher,

commettraient les plus horribles cruautés. Pendant un instant qu'ils

ont cru à l'entrée des Autrichiens, ils ne parlaient que de pendre,

fusiller et confisquer. Qu'arrivera-t-il de tout cela, Dieu seul le

sait!

Quant à moi, je me tiens absolument éloigné de tout ce mouvement et

suis un observateur impartial, qui voit, entend et juge sans jamais

émettre une opinion. Lorsque le temps viendra de se montrer avec

honneur, ce ne sera jamais que comme Français, d'autant plus qu'il

m'est clairement démontré que c'est à notre belle patrie que chacun

en veut. J'espère qu'elle sortira triomphante de cette lutte et

apprendra au monde que c'est elle qui doit donner la loi et non la

recevoir.

La mère de mes neveux (la reine Hortense) s'est rendue à Bologne

pour les conduire en Suisse.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 182 / 358 题