Paris, 5 juin 1815.
Mon frère, j'ai reçu votre lettre; je ne puis pas consentir à ce que
vous paraissiez à l'armée française entouré d'Allemands. De tous
ceux qui sont avec vous, vous n'en pouvez conserver qu'un qui sera
votre écuyer[147]. Je leur donnerai des grades et des traitements en
France. Envoyez au ministre de la guerre leurs états de service.
Vous aurez un maréchal de camp pour premier aide-de-camp, et deux
chefs de bataillon et quatre capitaines pour aides-de-camp; vous
n'avez pas besoin d'officiers d'ordonnance.
[Note 147: Ce fut le général Wolff.]
Après la bataille de Waterloo (18 juin), pendant laquelle le prince
Jérôme déploya une grande énergie et la plus brillante valeur, ce
prince, fortement contusionné par une balle, fut un instant investi
par son frère du commandement en chef des débris de l'armée, dont il
rallia quelques tronçons. Il vint ensuite à Paris. Là, traqué,
recherché, il fut sauvé par Fouché, ministre de la police, qui,
sachant le danger qu'il courait et étant lié avec lui, lui procura
les moyens de passer à l'étranger et de rejoindre la reine.
De la fin de 1815 à la fin de 1847, Jérôme resta en exil
quasi-prisonnier tantôt en Wurtemberg, tantôt sur le sol autrichien,
puis dans les États pontificaux, enfin à Florence, en Suisse et en
Belgique. Sa femme lui donna une fille (la princesse Mathilde) en
1820 et un fils (le prince Napoléon-Jérôme) en 1823. Il blâma la
conduite de ses neveux les deux fils du roi Louis dans l'affaire des
Romagnes contre le pape, de qui sa famille avait reçu le plus
sympathique accueil.
Voici, relativement à cette affaire, quatre lettres qui nous ont
paru intéressantes. Elles sont adressées par Jérôme à ses neveux les
princes Napoléon et Louis (ce dernier depuis l'empereur Napoléon
III), au roi Louis leur père, à la reine Hortense et à la duchesse
de Rovigo, avec laquelle l'ex-roi était resté en relation
épistolaire.