Cologne, le 6 novembre 1813.
Le courrier qui m'a apporté les deux dépêches de Votre Excellence,
datées du 4, m'a trouvé à ma campagne, où j'étais allé ce matin avec
l'intention de revenir ce soir. Ma lettre d'hier vous aura informé,
Monseigneur, que le roi est parti hier pour Aix-la-Chapelle.
J'ajouterai qu'il avait envoyé le maréchal de sa cour pour y louer
une maison pour un mois, aux conditions dont il était convenu avec
M. le préfet du Roer et, comme il paraît, après avoir fait tomber M.
le duc de Plaisance d'accord avec lui sur la convenance de ce
séjour. Quant à la reine, le roi m'avait dit lui-même que S. M.
impériale lui avait écrit qu'il était le maître de la faire venir
auprès de lui s'il voulait.
Ce qui m'importe le plus, Monseigneur, c'est d'être assuré que le
roi ne quittera pas Aix-la-Chapelle avant que je ne me sois acquitté
auprès de S. M. des ordres que j'ai reçus de Votre Excellence.
Malgré la certitude qui paraît résulter des données que je viens
d'exposer, je serais parti cette nuit même si M. le préfet de la
Roer, précédé d'un courrier, ne partait pas demain matin, et dans
l'impossibilité où je prévois que je serais d'aller plus vite que
lui, je suis convenu avec lui de lui remettre une lettre pour M. de
Furstenstein, que son courrier portera dès le moment de son arrivée,
et qui, je n'en doute point, produira l'effet que je désire, dans le
cas même, si improbable qu'il soit, où le roi, changeant encore de
résolution, aurait voulu quitter Aix-la-Chapelle après-demain.
Par ce moyen, je gagnerai la journée de demain pour remplir l'autre
commission dont Votre Excellence m'a chargé. Attendu la difficulté
de trouver des hommes propres aux genres d'informations que vous
demandez, je regrette infiniment de n'avoir pas reçu vos ordres
seulement deux fois vingt-quatre heures plus tôt. J'aurais alors pu
retenir quatre ou cinq gendarmes westphaliens, gens éprouvés et
Allemands, que le roi a congédiés et qui ont repassé le Rhin hier.
Je fais en ce moment prendre des informations pour connaître tous
les Westphaliens de cette classe, ou à peu près, qui peuvent encore
se trouver à Cologne. Je laisserai M. de Malartie ici pour suivre
cet objet pendant mon absence à Aix-la-Chapelle, où peut-être je
trouverai moi-même une partie de ce que je cherche.