Mayence, le 4 novembre 1813.
Je n'apprends qu'en ce moment que S. M. l'empereur a écrit de
Westphalie au roi par M. le duc de Plaisance, que son intention est
que S. M. s'établisse dans un château des départements de la Save,
de la Roer ou du Rhin-et-Moselle et qu'elle y fasse venir la reine.
Les dispositions de S. M. à cet égard sont précises, et elle désire
que le roi ne s'en écarte point. Elles sont déterminées par des
considérations telles que si le roi ne s'y conformait pas,
l'empereur serait obligé de prendre, même envers sa personne, des
mesures pour en assurer l'exécution. S. M. juge convenable que vous
vous expliquiez avec le roi à ce sujet, en mettant dans cette
explication toutes les formes et tous les ménagements possibles. Le
but sera rempli si le roi est bien persuadé des intentions bien
positives de l'empereur.
L'empereur a été également mécontent de ce que le roi a fait et de
ce qu'il n'a pas voulu faire. Il ne veut pas donner à Paris et à la
France le spectacle d'un roi détrôné qui, dans son malheur, n'a pas
la consolation d'avoir laissé des amis dans le pays qu'il a
gouverné. Il ne permet pas au roi de venir à Mayence. Le roi n'ayant
jamais voulu suivre les conseils de l'empereur ni faire aucune des
choses qui importaient si entièrement à son intérêt et à celui de sa
couronne, ses entrevues avec S. M. ne pouvaient, d'après de telles
dispositions, qu'être pénibles et sans objet.
La reine, par la conduite qu'elle tient à Paris, a déplu à
l'empereur. Le roi préviendra des désagréments et de nouveaux
chagrins dans sa position actuelle, en faisant venir la reine près
de lui.
S. M. a su récemment, et n'a pu l'apprendre qu'avec mécontentement,
que la reine s'occupe avec des gens d'affaires à acheter pour le roi
des maisons de plaisance aux environs de Paris, et notamment le
château de Stains. D'après le statut de famille, un prince sur un
trône étranger ne peut rien posséder en France sans la permission de
l'empereur. Les projets du roi sont donc irréguliers. Ils sont
d'ailleurs l'objet de la risée publique. On comprend difficilement
comment un roi dans sa position, et lorsque la France n'est occupée
que des sacrifices à faire pour soutenir l'honneur national, se
livre à des projets qui lui sont personnels.
Ce qu'il y a de mieux dans les circonstances actuelles, c'est que ni
le roi ni la reine ne fassent parler d'eux. Moins ils feront de
bruit, mieux cela vaudra. Le roi est à sa place dans un département
voisin de ses États. Il serait, par exemple, d'une manière très
convenable au château de Bruhl. La manière d'être la plus simple et
l'attitude la plus modeste sont les convenances impérieuses du
moment. S. M. fait sans doute une grande différence entre le roi de
Westphalie et le roi d'Espagne; cependant elle a voulu que ce
dernier ne vînt point à Paris, restât à Mortefontaine, n'y vît ni
les ministres, ni les sénateurs, ni aucun des fonctionnaires
publics, et se tînt dans l'incognito le plus complet.
S. M. m'a ordonné d'entrer avec vous dans ces détails pour votre
gouverne. Elle a pour but que le roi sache bien à quels désagréments
il s'exposerait en s'écartant de ses volontés. Usez du reste de ces
communications avec prudence et pour prévenir des fautes contre
lesquelles S. M. devrait sévir; mais ayez soin de n'aigrir ni
humilier personne. S. M. s'en repose sur votre tact et votre
excellent esprit.