BULLETIN.

Cassel, 20 mai 1813.

Une semaine passée en voyage à Napoléonshöhe me met à portée d'en

décrire les usages et de rendre compte du genre habituel de vie que

le roi a adopté dans cette résidence d'été.

Le costume de voyage est un petit uniforme bleu, brodé en argent,

pantalon bleu et bottes à l'écuyère. On garde ce costume jusqu'à

l'heure du dîner excepté les dimanches et jeudis, jours où tous ceux

qui ont les grandes entrées paraissent au lever du roi.

La semaine de voyage commence dimanche au soir et finit le dimanche

suivant après le spectacle. Les invités sont rarement au-dessus du

nombre huit, quatre hommes et quatre femmes. _Rarement les femmes et

les maris sont invités ensemble._ Dans la semaine passée, nous

étions au nombre de six. Le ministre de la guerre, le baron de

Schulte, conseiller d'État, la comtesse de Furstenstein, madame la

comtesse de Jagow, femme d'un chambellan du roi, madame Chabert,

femme du capitaine de la garde, madame de Schlicher, dame du palais,

étaient de semaine.

Le lever a lieu vers les dix heures. À 11 heures, déjeuner; à 6

heures 1/2, dîner. Il n'y a rien de recherché, ni dans les plats, ni

dans les vins; la table est bien servie, mais sans profusion. Le roi

déjeune et dîne seul: il est cependant d'usage d'inviter une fois à

dîner et une fois à déjeuner à la table de S. M. les personnes du

voyage. Le déjeuner eut lieu à Schönfeld, petite maison de campagne

du roi située entre le parc de Cassel et Napoléonshöhe, et le dîner

à Mouland, petit village chinois bâti par l'ancien électeur et dont

les maisons, encore en état de servir, viennent d'être réparées et

remeublées avec une simplicité élégante.

Après le déjeuner, jusqu'à deux heures, promenade devant le château

et entretiens du roi avec les personnes qu'il fait appeler. Après 2

heures, le roi se retire, ou bien il y a promenade en voiture.

Pendant la semaine dernière, le roi a passé deux revues, l'une des

grenadiers de sa garde et l'autre des cuirassiers: il a présidé une

fois son conseil d'État. Il est allé deux fois à Cassel pour voir

les travaux de son palais.

Lorsque le temps le permet, le roi dîne en plein air ou dans un

petit pavillon du jardin de la reine. Après le dîner, on reste

devant le château avec ou sans le roi. À 9 heures on se réunit soit

dans les appartements de Sa Majesté, soit dans la petite salle de

spectacle. Ces jours passés, il y avait un petit concert de trois ou

quatre musiciens et jeu ou spectacle. Le jeu dominant, c'est le

whist. Le genre de spectacle que le roi préfère, c'est la comédie.

La petitesse de la salle de l'intérieur ne permet pas de donner de

grandes pièces qui sont réservées pour le dimanche.

À 10 heures du soir, tout est fini et le roi se retire. Le roi est

toujours aimable: on dirait cependant qu'il est devenu plus grave.

L'ordre et la décence règnent partout. La table du maréchal est de

dix-huit à vingt personnes.

La princesse de Löwenstein étant dans son huitième mois de grossesse

a cessé de paraître à la cour. Elle vint cependant dimanche en robe

du matin et partit le lendemain après avoir déjeuné avec le roi.

Cette dame, par beaucoup d'esprit de conduite, s'est fait une

existence à part qui ressemble un peu à celle d'une favorite en

titre. Aucune des dames invitées ne pouvait avoir de prétentions.

On dit que le roi se souvient encore quelquefois de madame Escalonne

qui avait été avec lui pendant sa dernière campagne de Pologne.

Sa Majesté prenait depuis quelques jours des bains pour lesquels on

faisait venir l'eau de Pyrmont.

Le danger devenant de jour en jour plus imminent pour la Westphalie

et pour Cassel, Reinhard, sur les instances de Jérôme, envoya au

général Lemoine une dépêche pour qu'il vint à Cassel avec sa

division. Cette mesure fut désapprouvée par Napoléon, qui fit écrire

à Reinhard de Dresde, le 10 août 1813, par M. de Bassano:

Dresde, 30 août 1813.

L'empereur a pris lecture de votre lettre du 27, qui annonce que

vous avez invité le général Lemoine à se porter avec son corps sur

Cassel. Sa Majesté n'approuve point cette démarche: les

circonstances n'exigent point un pareil mouvement; et la présence du

corps du général Lemoine sur le Weser est trop nécessaire pour qu'il

doive se déplacer légèrement. Ce général a ses instructions: il faut

dans votre correspondance avec lui vous borner à l'instruire de

l'état des choses et des nouvelles qui vous parviennent.

Le même jour, l'empereur écrivit de Dresde à Berthier: «Mandez à

Lemoine de ne pas aller du côté de Cassel, de rester à Minden pour

faire exercer ses troupes et former sa petite division. Que son

premier but doit être de couvrir Wesel et qu'il est autorisé

également à se porter sur Magdebourg si le général Lemarrois se

trouvait avoir une garnison trop faible; enfin qu'il doit avoir de

la troupe en observation sur le Weser; mais qu'il ne doit pas se

remuer légèrement.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 160 / 358 题