BULLETIN DE REINHARD.

Cassel, le 2 juin 1813.

On dit que les ennemis annoncent le projet de faire une pointe sur

Cassel. Enflés par quelques succès, il ne serait pas en effet

impossible qu'ils poussassent leur témérité à ce point. Il est vrai

qu'avec ce qui est parti pour Minden nous aurions 4 à 5,000 hommes

d'infanterie et environ 1,000 chevaux à leur opposer: mais quelles

troupes et comment dirigées? Si cela continue, de surprise en

surprise, ou même avertis mais mal informés, sans prudence, sans

ensemble, nous serons détruits en détail.

Depuis plus de trois mois que le roi est à Napoléonshöhe, je n'ai eu

l'honneur d'approcher de Sa Majesté qu'une seule fois. Mais M. de

Furstenstein continue à être invisible: son cabinet est au salon de

service. M. Siméon est toujours, M. de Höne, M. de Bongars sont tour

à tour du voyage. M. de Höne avait été malade: il est retourné

aujourd'hui à Napoléonshöhe. Il doit, dit-on, proposer au roi de

mettre toutes ses forces disponibles sous les ordres du général

Teste. Il est à prévoir que cette proposition ne sera point agréée.

Le roi paraît se trouver de nouveau dans un de ces accès de dégoût

où, se livrant à l'apathie, il cherche des distractions dans des

plaisirs dont le secret n'est pas assez gardé pour ne point faire

une impression fâcheuse sur le public. Je ne méconnais point ce

qu'en ce moment la situation du roi a de pénible sous tant de

rapports que je connais et peut-être sous quelques rapports que

j'ignore: mais le travail et le dévouement surmonteraient facilement

des peines qu'on ne se serait pas attirées soi-même, et ce sont ces

dernières qui sont poignantes et qui découragent. Au milieu de tout

cela, on se croit trop petit souverain avec deux millions d'âmes: on

s'en sépare d'affection et d'intérêts. On est jaloux des conseils,

on s'impatiente de la vérité. Voilà près de cinq ans depuis que Sa

Majesté impériale a daigné me confier la mission de Westphalie; et

laissant à part ce qui doit être imputé à des événements qui n'ont

pas dépendu du gouvernement de ce royaume, je ne puis me dissimuler,

je ne puis, quelque chagrin que j'en aie, dissimuler à Votre

Excellence qu'en principes d'administration, en talents et en

connaissances, en moralité surtout, les choses y sont toujours

allées en empirant.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 159 / 358 题