REINHARD À L'EMPEREUR.

Cassel, 8 mai 1813.

Le roi m'a fait communiquer par le général Bongars un rapport du

sieur Delagrée, chef d'escadron de la gendarmerie westphalienne,

concernant plusieurs mesures de précaution et de sévérité que M. le

maréchal, prince d'Eckmühl, a prescrites au général Bourcier revenu

à Hanovre après avoir vu le maréchal à Minden.

Le roi m'ayant fait appeler ensuite m'a fait lecture de la lettre

qu'il se proposait d'envoyer à M. le maréchal. Sa Majesté déclare au

prince qu'elle ne peut croire que de pareils ordres aient été donnés

et qu'elle les regarde comme entièrement contraires aux intentions

de Votre Majesté. Elle pense que si des mesures de sévérité sont

nécessaires dans son royaume, elles doivent être prises par le

souverain qui a déjà établi des commissions militaires à Wanfried

(où quelques habitants avaient livré à l'ennemi quelques chevaux et

un gendarme), à Lichtenau près Paderborn (où des voitures du roi et

des voyageurs français avaient été insultés). Elle fait entendre que

de pareils procédés pourraient la conduire à prendre un parti

extrême, etc., etc.

J'ai cherché, Sire, à dissuader le roi de l'envoi de cette lettre.

Les ordres du prince semblaient dater de la fin d'avril: peut-être

renoncerait-il de lui-même à leur exécution. Il me paraissait

préférable de notifier au général Bourcier que, s'il y avait des

mesures à prendre, des coupables à punir dans son royaume, le roi

s'en chargerait. Mais le roi me répondit que cette manière d'agir ne

serait point généreuse, qu'elle compromettrait le général Bourcier

qui était subordonné au maréchal; que, d'ailleurs, des troupes

françaises étaient déjà arrivées à Hanovre et qu'il voulait que le

prince s'expliquât catégoriquement sur les ordres qu'il avait

donnés. Sa Majesté a désiré en même temps que je rendisse compte de

cet incident à Votre Majesté. La lettre du roi au maréchal a dû

partir hier par courrier; j'ignore si elle est partie. Quant à la

ville de Hanovre et aux Hanovriens, l'enquête portera-t-elle sur

leurs voeux et sur leurs espérances, ou sur leurs démonstrations et

sur leurs actions? Tous les rapports de la police semblent les

absoudre d'actions criminelles: l'ordre public n'a été troublé nulle

part; les démonstrations mêmes ont été ou contenues ou réprimées; et

si, dans une effervescence d'opinions, la responsabilité cesse

d'être personnelle, la fidélité et l'obéissance ne suffiront plus

pour discerner l'innocent du coupable.

Le roi Jérôme écrivit de Cassel, au commencement de juin 1813, au

général Dombrowski à Wittemberg de se rendre à Hersfeld le 10 juin,

et il lui dit:

«D'après les instructions que j'ai reçues de S. M. l'empereur, vous

devez diriger vos deux bataillons d'infanterie et votre artillerie

de Hersfeld par Rothembourg à Eschwege et vos deux régiments de

cavalerie de Hersfeld sur Kreutzbourg, afin qu'ils puissent s'unir à

moi et chasser l'ennemi de l'autre côté de l'Elbe.»

Le duc de Valmy, auquel Dombrowski soumit cette lettre en demandant

des ordres à son chef immédiat, écrivit à l'empereur pour avoir ses

ordres. Ce dernier manda à Berthier le 10 juin: «Le roi de

Westphalie a écrit la lettre ci-jointe au général Dombrowski.

Écrivez à ce général pour lui faire connaître la marche qu'il doit

suivre.» Et en post-scriptum: «Écrivez au roi de Westphalie pour lui

faire connaître l'inconvenance d'employer mon nom pour changer la

direction de la marche des troupes; que cela peut mettre les

généraux dans l'embarras; que c'est contraire à toutes les formes;

que personne n'a le droit de prendre mon nom et de supposer que j'ai

donné des ordres quand ce n'est pas.»

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 158 / 358 题