Cassel, 18 septembre 1812.
Voici comment, dans le dernier voyage de Brunswick, le roi a raconté
confidentiellement à l'un de ceux qui l'y ont accompagné les motifs
de son départ de l'armée.
L'aile droite de la grande armée avait une destination particulière
et séparée, celle de couper le corps de Bagration. Cette destination
a été remplie. Après que ce but fut atteint, Sa Majesté l'empereur
jugea à propos de renforcer le centre. Des corps furent détachés de
l'armée que le roi avait commandée jusqu'alors. Dès lors, cette
armée séparée fut subordonnée à la direction générale et la présence
du roi devint sans objet. Sa Majesté l'empereur a senti parfaitement
que le roi ne pouvait être sous le commandement de personne et c'est
d'accord avec lui que le roi est revenu.
J'ai eu plusieurs fois occasion de dire à Votre Excellence un mot
sur les irrégularités qui se commettent en Westphalie dans la vente
des domaines de l'État. Mais celles qui se commettent dans la vente
des dîmes dans le district de Hildesheim sont tellement publiques,
tellement indécentes et paraissent tellement constatées que je dois
en faire une mention particulière. Je savais déjà par M. Pichon que,
soit qu'il voulût seulement se procurer des renseignements, soit
qu'il eût réellement le projet de faire une acquisition très
profitable, il s'était adressé à un homme en place dans ce pays-là,
pour s'informer du prix courant des dîmes et pour lui donner la
commission d'en acheter. Cet homme lui répondit qu'aucune vente ne
se faisait en public et que le beau-frère de M. de Malchus engageait
tous les amateurs à s'adresser directement au ministère des finances
où on leur ferait de meilleures conditions. Cela n'est pas très
légal, cependant cela pouvait s'excuser par la pénurie du trésor et
par le besoin où l'on était de se procurer de l'argent promptement
et à tout prix. Mais j'ai su depuis par une source très authentique
que toute cette transaction dont l'objet se monte à près de deux
millions est exclusivement entre les mains de deux beaux-frères et
d'un parent de M. de Malchus, dont l'un fait l'estimation des dîmes,
l'autre en conclut les marchés et le troisième en reçoit le prix.