Cassel, 4 septembre 1812.
C'est Mme la comtesse de Lowenstein qui depuis le retour du roi a
joui des faveurs de Sa Majesté. Il y a eu, dit-on, une petite
distraction en faveur de Mlle Alexandre, mariée Escalonne, revenue
du camp de Pologne. Mais Mme de Lowenstein a pris son mal en
patience et le roi lui est revenu. Cette dame se distingue par son
esprit de conduite: malgré cela elle réussira difficilement à rendre
le roi constant.
On annonce l'arrivée d'une Polonaise dont le logement en ville est
déjà préparé. Un officier polonais, qui s'était attaché au roi comme
officier d'ordonnance et qui était venu avec M. Brugnière, étant
reparti, on croit qu'il sera allé au devant de sa compatriote.
Mmes Blanche et Jenny Laflèche, femmes de l'ex-intendant de la liste
civile et de son frère le chambellan, partent pour se rendre à Gênes
par Paris. Il est incertain si elles reviendront. À la cour on
prétend qu'à la suite d'un engagement pris avec le prince royal de
Wurtemberg, Mme Blanche ira habiter les bords du lac de Constance.
Cette famille est extrêmement déchue. Le conseiller d'État est un
étourdi, le chambellan est un mauvais sujet. Cependant les dames ont
toujours conservé une amie ardente en Mme la comtesse de Schomberg,
femme du ministre de Saxe.
On parlait pendant quelques jours d'une espèce de disgrâce où était
tombé M. le comte de Furstenstein. Il n'en est rien et il est
certain qu'il occupera le magnifique hôtel qui sera délaissé par M.
et Mme Pichon. Ce qui est vrai, c'est que le roi avait insisté de
nouveau pour que Mme de Furstenstein demandât une place de dame du
palais et qu'elle et son mari s'y sont de nouveau refusés.
Le comte de Pappenheim a été atteint à Paris de plusieurs attaques
d'apoplexie qui font espérer que sa fin sera prochaine. On ne croit
point que Mme de Pappenheim doive revenir à la cour de Westphalie et
l'on assure que M. de Waldener son père s'y oppose. Quant au comte
de Wellingerode, on le dit entièrement abandonné des médecins.
On avait préparé pour Mme la duchesse de Rovigo l'appartement de la
comtesse de Pappenheim; mais à la porte de la ville on avait oublié
de dire que cette dame était absente. Mme la duchesse, déclarant
qu'elle n'aimait pas la société des femmes, alla descendre à
l'auberge de la Maison-Rouge où l'aubergiste ne voulut pas la
recevoir, ni même, dit-on, la laisser reposer dans son salon. Sur
ces entrefaites, M. de Bongars survint, et sur la plainte de M.
Bourienne il en fit le rapport au roi qui ordonna la punition de
l'aubergiste, telle qu'elle est énoncée dans l'arrêté ci-joint du
commissaire de police.
La manière dont l'aubergiste a raconté à M. Siméon comment la chose
s'était passée est un peu différente. Du reste, depuis longtemps cet
homme était signalé comme n'aimant pas les Français. Son ancienne
enseigne étant _à l'Électeur_, après l'avoir ôtée, il n'en mit point
d'autre et son auberge ne fut connue que sous le nom de la
Maison-Rouge.
La femme du ministre de Prusse n'a point obtenu la permission de
prendre avant son départ congé de la reine.
Le musicien Rode et le danseur Duport sont ici. Le premier a déjà
joué devant la cour et donnera un concert au public. Duport, dit-on,
ne dansera point pour avoir fait dire dans une gazette de Berlin
qu'il se rendait à Cassel sur une invitation du roi.
Pendant les courses de la cour sur la Fulde et sur le Weser, elle
est escortée sur les deux rives par des gardes du corps et des
lanciers. On prétend que c'est parce que M. de Bongars rêve toujours
encore conspiration.