REINHARD AU DUC DE BASSANO.

Cassel, 28 septembre 1812.

Vendredi dernier, le roi me fit encore appeler dans son cabinet. Il

n'est pas besoin de dire que la victoire de Mojaisk, la part qu'y

ont eue les troupes westphaliennes, le problème de l'entrée ou

paisible ou sanglante dans Moscou furent le thème principal de cet

entretien qui ensuite est devenu aussi vague que la conversation

précédente dont j'ai rendu compte à Votre Excellence. Cependant, un

des ministres du roi m'a fait la confidence que le roi avait voulu

me sonder sur certaines dispositions ou intentions de Sa Majesté

impériale qu'assurément je ne m'étais jamais vanté de connaître.

Quoi qu'il en soit, cette fois encore je suis resté fidèle à la

maxime de ne point prendre l'initiative sur les choses délicates qui

concernent la campagne que Sa Majesté a faite en Pologne; et comme

le roi de son côté n'a pas pris l'initiative, j'ignore s'il a inféré

de notre conversation que j'étais instruit de quelque chose ou que

je ne savais rien. Du reste, quelque effort que fasse le roi pour

cacher la situation intérieure de son âme, il me paraît certain que

plus les événements de la campagne sont glorieux et plus l'idée d'en

être éloigné le tourmente. Aussi croit-on s'apercevoir que Sa

Majesté souffre et maigrit; et je vous avoue, Monseigneur,

qu'attaché comme je le suis à ce prince doué de tant d'heureuses

qualités et reconnaissant de la bienveillance qu'il m'a souvent

témoignée, je ne puis que me sentir attristé et de sa situation qui

à la fois lui impose la gêne de voiler ses torts et lui ôte les

moyens de les réparer, et de la mienne qui me défend de lui donner

des conseils qu'on ne me demande point ou de lui témoigner un

intérêt dont on ne veut pas être censé avoir besoin. Aussi,

Monseigneur, serait-il bien heureux pour moi le jour où interprète

de la bonté généreuse de Sa Majesté impériale, je pourrais lui

porter la seule consolation capable de guérir sa blessure.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 145 / 358 题