BULLETIN DE REINHARD.

Cassel, 26 août 1812.

Tandis que les changements résolus dans le ministère paraissent

provisoirement ajournés, il en est arrivé un dans l'intérieur du

palais auquel on ne s'attendait pas. Mme la baronne d'Otterstadt,

dame du palais, soeur du comte de Zeppelin, ministre des relations

extérieures à Stuttgard, confidente unique de la reine, a donné et

reçu sa démission. Elle va quitter Cassel dans 3 ou 4 jours.

Son mari, inspecteur général des forêts, espèce d'aventurier, le

plus circonspect et le plus fin des hommes en théorie et le plus

étourdi en pratique, avait reçu, il y a quelque temps, la défense de

paraître à la cour, hors les jours des grandes audiences. Mme

d'Otterstadt qui, de son côté, avait reçu plusieurs dégoûts, demanda

que cette défense fût levée et menaça, dit-on, de donner sa

démission que le roi s'empressa d'accepter.

M. de Furstenstein dit que M. d'Otterstadt s'était mêlé de choses

sales, c'est-à-dire il s'était entremis dans une correspondance

entre le prince royal de Wurtemberg et Mme Blanche Laflèche, baronne

de Keudelstein. Un certain Delorme, porteur de la correspondance,

fut arrêté par le commissaire de police de Mayence, sur la

réquisition de M. de Bongars. Après la lecture des lettres, le roi

fit expédier à Mme Blanche, qui est actuellement à Gênes, l'ordre de

ne point revenir et de renvoyer son chiffre, marque distinctive des

dames du palais. Il ne paraît point qu'elle ait de pension et on

craint que les secours qui servaient à élever les enfants à Paris ne

soient supprimes.

Le public, se souvenant d'anciennes médisances, attribue la disgrâce

de Mme d'Otterstadt à des papiers trouvés dans le portefeuille du

général comte de Lepel, mort à Mojaisck.

La reine, dit-on, en annonçant cette démission à la grande

maîtresse, fondait en larmes: en public, elle s'est contenue. Mme

d'Otterstadt était son amie d'enfance, elle remplissait toutes ses

heures solitaires; et ce qu'on ne conçoit pas, c'est que Mme

d'Otterstadt ait pu remplir un vide. C'est une femme sans éducation,

sans esprit, sans amabilité, mais bonne et tellement réservée que

c'est à elle qu'il faut attribuer l'ignorance presque absolue où la

reine est restée sur _les inconstances du roi_. Si la reine éprouve

jamais le besoin de remplacer cette confidente, elle n'en pourra

choisir aucune qui convienne au roi autant que Mme d'Otterstadt sous

ce rapport, si ce qui est incroyable est vrai, que la reine soit

jalouse jusqu'à l'emportement et que son calme ne soit que l'effet

de sa sécurité, le départ de cette dame pourra amener des suites

d'une grande influence sur le caractère de la reine et sur les

relations de l'intérieur du palais.

Mme d'Otterstadt tenait de la cour de Wurtemberg une pension de

3,000 francs dont le roi s'était chargé et qu'il a doublée. Elle va

se retirer provisoirement à Francfort. Le ministre de Wurtemberg est

fort affecté de ce déplacement.

Le jour de la disgrâce de Mme d'Otterstadt, Mme la comtesse de

Lowenstein, après quelques jours d'absence, a reparu à la cour avec

une robe neuve et tellement élégante qu'elle a fait le désespoir des

dames du palais. Mme de Lowenstein poursuit la marche honorable

qu'elle s'est tracée pour parvenir à une faveur exclusive. Le

premier but qu'elle aura à atteindre sera d'être nommée dame

d'atour.

On l'a vue dernièrement se promener à Napoléonshöhe entre le comte

et la comtesse de Blumenthal, tandis que leur fille se promenait

avec le général Wolf dans une entrevue d'épreuves. Mlle de

Blumenthal, peu jolie au reste, venait d'atteindre sa seizième

année: ses parents, dit-on, s'étaient empressés de faire hommage au

roi de ses prémices, le général Wolf devait l'épouser en

conséquence. C'est un juif baptisé: la généalogie ne pouvait pas

faire obstacle, plus de seize quartiers y étaient. Mais cet officier

déclara qu'il ne croyait pas que Mlle de Blumenthal pût lui

convenir. Bon père, M. de Blumenthal, chambellan du roi, avait été

maire de Magdebourg; il paraît que c'est en cette qualité qu'il a

obtenu la croix de la Légion d'honneur.

Mme la comtesse de Pappenheim est revenue à la cour et est logée

vis-à-vis le palais, dans le dernier appartement qu'a occupé le

grand maréchal. Son mari est toujours à Paris, entre les mains du

docteur Pinel.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 142 / 358 题