REINHARD AU DUC DE BASSANO.

Cassel, 8 août 1812.

Dans mes numéros précédents, j'ai informé V. Exc. que

progressivement, d'abord la Reine, ensuite ses principaux

serviteurs, enfin le public avaient reçu des alarmes sur la

situation du Roi.

Cependant, avant-hier encore, Elle fit défendre à M. Hugot par M.

Pothau de parler à qui que ce soit de la lettre du ministre

westphalien à Dresde et Elle engagea M. Siméon à faire passer au Roi

un projet de constitution espagnole envoyé par M. de Wintzingerode,

en disant que cette pièce l'intéresserait. Mais en refusant ses

confidences à M. Siméon, Elle les avait faites à d'autres et je

savais depuis hier que M. de Marinville attendait le Roi à Varsovie

le 29 et très positivement le 30.

Ce matin, après avoir reçu vos dépêches du 27 et du 31 juillet, je

me suis rendu chez M. Siméon, et me prévalant de l'autorisation de

communiquer les nouvelles que je recevais du gouvernement

westphalien, je lui ai fait remarquer cette expression «le corps que

commandait le Roi de Westphalie» qui se trouve dans votre dépêche du

27. M. Siméon de son côté avait à m'apprendre qu'hier, dans la nuit,

Messieurs d'Oberg et Schlikler, chambellans de S. M., étaient

arrivés et avaient porté à la Reine la nouvelle du retour prochain

du Roi. Il m'a montré en même temps un bulletin qui aurait déjà dû

paraître aujourd'hui et qui paraîtra demain dans le moniteur

westphalien où il est dit que le Roi revient pour cause de santé.

Je me suis alors permis, Monseigneur, de mettre M. Siméon au fait du

véritable état des choses qu'il ne pressentait que trop. J'ai ajouté

que ce serait lui seul à qui je ferais cette révélation en le

laissant le maître de l'usage qu'il voudrait en faire auprès de la

Reine. Il m'a répondu qu'il ne lui en dirait rien pour ne point

l'affliger davantage.

M. Siméon, depuis l'arrivée des chambellans, n'avait point vu la

reine, mais Elle avait montré la lettre du Roi au maréchal du

Palais, M. de Boucheporn. Il paraît, m'a dit M. Siméon, que la Reine

lui avait écrit fortement, puisque dans sa lettre le Roi dit qu'il

est très bien avec S. M. l'empereur; qu'après avoir chassé au loin

le prince Bagration, l'objet de sa campagne est rempli et qu'il ne

lui reste plus rien à faire; que d'ailleurs sa santé ne supporte

point le climat et quant aux finances qu'il les raccommodera

aisément dans l'espace de deux ans.

On sait aussi, j'ignore si c'est par la lettre du Roi ou par le

rapport des chambellans, qu'une espèce de dyssenterie obligeant S.

M. de voyager à petites journées, Elle n'arrivera ici que le 18.

Plusieurs personnes à la suite du Roi ont écrit à leur femme,

entr'autres le général Chabert; mais toutes les lettres sont sans

date.

Je m'empresse, Monseigneur, de vous donner ces nouvelles

préliminaires d'un retour causé par des circonstances où il doit

être si difficile au roi de se dissimuler ses torts à lui-même.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 139 / 358 题