Cassel, le 24 janvier 1810.
M. le comte de Furstenstein est arrivé samedi dernier. Il a paru le
lendemain au bal masqué de la cour. C'est là, et hier, chez le
ministre de Russie, que j'ai eu l'honneur de le rencontrer. Chez moi
il a fait sa visite par cartes, et je ne l'ai point trouvé lorsque
je suis allé la lui rendre en personne. Il en résulte que je ne sais
pas un mot de ce que M. de Furstenstein a pu porter de Paris. Il est
vrai que les lieux où nous nous sommes rencontrés, n'étaient guère
favorables à une conversation d'affaires, mais ce ministre, très
poli d'ailleurs et très aimable avec moi, ne paraissait avoir nulle
envie d'entretenir une pareille conversation.
Il est possible que le roi ait ordonné de garder le secret des
arrangements convenus jusqu'au jour de l'ouverture des États. Ce
jour, avant le retour de M. de. Furstenstein, avait été fixé au 28,
dimanche prochain, et les membres des États l'attendent avec
impatience. Sur cent membres, soixante-seize seront présents à la
session. Treize étaient morts dans l'intervalle; les autres sont
absents par congé ou pour cause de maladie. Les membres des comités
ont déjà été élus, et depuis huit jours ils sont entrés en
communication avec les ministres pour préparer le travail.
M. Pichon[126] est arrivé quelques jours avant M. de Furstenstein.
M. de Norvins[127] aussi est revenu.
[Note 126: Le même qui se trouvait consul général aux
États-Unis d'Amérique lors du mariage Paterson.]
[Note 127: L'auteur de l'_Histoire de Napoléon_.]
Pour ne rien laisser en arrière sur cet objet, je dirai que dans la
conversation que Sa Majesté eut avec moi au mois de mars dernier, et
dont je rendis compte à Votre Excellence, le roi, parmi ses autres
griefs contre M. le comte Jollivet, me cita celui d'avoir refusé de
dîner à la table de son grand maréchal, et d'avoir dit qu'il n'était
point fait pour cela. Le roi m'assura que ce refus avait été porté à
la connaissance de Votre Excellence, et que vous l'aviez
désapprouvé; qu'ensuite M. Jollivet avait sollicité comme une grâce
d'être admis à la table du grand maréchal.