Cassel, 8 septembre 1809.
Le roi est parti mardi dernier pour faire un voyage aux mines du
Harz; il s'est fait accompagner par les ministres des finances et de
la justice. M. le comte de Furstenstein, après avoir annoncé au
corps diplomatique que le voyage ne serait que de cinq ou six jours,
a profité de l'absence de Sa Majesté pour passer quelques jours dans
les terres du comte de Hardenberg, son beau-père.
Avant-hier, à quatre heures du matin, est arrivé un courrier du roi
portant ordre de faire marcher sur-le-champ à Hanovre les
chevau-légers de la garde et les chasseurs carabiniers. Dans le même
temps s'est répandu dans le public le bruit que les Anglais avaient
fait une descente à Brême. Ce bruit était faux, mais on continue à
parler d'une affaire que le général Bongars aurait eue avec les
Anglais. Le ministre de la guerre ne paraît avoir aucune
connaissance d'un pareil événement et il ignore les motifs de
l'ordre donné pour la marche des troupes. On croit en même temps, et
avec un peu plus de vraisemblance, à un voyage du roi à Hanovre et à
Hambourg.
Le Harz et ses mines sont un objet très intéressant et pour la
curiosité et pour l'administration. Le travail des mines entretient
une population de 30,000 âmes; cependant le produit en est presque
nul, du moins lorsqu'on porte en compte le prix du bois nécessaire à
leur exploitation. Ce n'est que parce que cette denrée se trouve à
portée et qu'il serait difficile d'en faire un autre emploi que le
produit des mines peut être regardé comme avantageux, même sous le
simple rapport du revenu. Du reste, le nouveau mode d'administration
qui n'est en activité que depuis peu de mois, et les améliorations
qu'il sera possible de faire, suffisent pour faire attendre de ce
voyage des résultats utiles et importants.
Je suis informé que M. de Bulow a proposé au Conseil des ministres
un projet d'emprunt à faire aux villes de Hambourg et Brème et il
paraît que ce voyage aux mines du Harz est lié à ce projet. Dans le
public on dit qu'il s'agit de les vendre et M. de Bercagny n'est pas
éloigné de croire à cette mesure qui pourrait dépopulariser ses
antagonistes et compromettre leur responsabilité. Selon toute
apparence, il s'agit d'hypothéquer les revenus des mines pour cet
emprunt, qui ne réussira point, à moins d'employer une sorte de
violence. Il y a dans tout ceci quelque chose qu'on me cache, ainsi
qu'au public. On dit même que le comte de Furstenstein s'est opposé
au projet en question, et, d'après toutes ces données, je soupçonne
qu'il s'agit d'une chose qu'on prévoit qui pourrait déplaire à Sa
Majesté impériale.
Le départ de M. de Bulow m'a empêché de lui parler à fond sur la
liste civile; je devais avoir avec lui un rendez-vous qui aura lieu
après son retour. Mais je me suis déjà entretenu avec M. Siméon qui,
plus d'une fois, m'avait témoigné son regret de ce que la liste
civile dépassait la ligne constitutionnelle.
M. Pothau a fait imprimer un mémoire en réfutation du rapport du
ministre des finances sur l'administration des postes. Celui-ci
s'est plaint au roi de ce que son rapport fait par ordre et dans la
supposition qu'il ne serait pas publié a été imprimé par M. Pothau.
Le rapport et la réponse étant en contradiction absolue sur tous les
faits et sur tous les principes, une commission du Conseil d'État
composée de MM. de Martens et de Malsbourg a été nommée pour
vérifier les uns et pour discuter les autres.