Cassel, 1er septembre 1809.
M. Lefebvre est revenu à Cassel le 29 au soir, ayant achevé son
voyage en moins de six jours. Il m'a remis les deux dépêches du 21.
Sa Majesté impériale en daignant me faire connaître qu'Elle a lu mes
rapports avec attention et intérêt m'a accordé une récompense dont
je n'ai jamais senti l'inestimable valeur plus profondément que dans
les circonstances actuelles. Je me réserve, Monseigneur, de vous
rendre compte de l'exécution de vos ordres concernant
l'accroissement de la liste civile. Pour aujourd'hui, je me borne à
vous informer d'un objet qui m'a attiré la visite de M. de Bercagny.
«Le roi, m'a-t-il dit, est blessé du décret impérial qui établit une
ligne de douanes françaises au travers de ses États; il aurait
désiré qu'au moins le ministre de France eût été chargé d'en donner
connaissance. Il a donné ou va donner l'ordre de s'opposer à
l'établissement de cette ligne et sa volonté est dans ce moment
tellement forte que toute représentation serait inutile. Si j'avais
su cela par le roi, a ajouté M. de Bercagny, mon devoir serait de me
taire; mais je l'ai su indirectement, puisque la police doit savoir
tout, je crains qu'il n'en résulte un nouveau sujet de malaise pour
Sa Majesté.» J'ai remercié M. de Bercagny de sa confidence, et j'ai
dit que s'il ne s'agissait que d'une question de forme, je
m'empresserais de demander à 'Votre Excellence l'ordre de faire au
roi la communication officiel du décret impérial; mais que
j'apprendrais avec peine que l'opposition portât sur le fond.
J'apprends au reste que la ligne des douanes est déjà établie.
J'ai oublié de dire dans mon avant-dernière dépêche que, pendant les
deux jours que j'ai passés à Napoléonshoehe, le roi s'est abstenu de
me parler d'aucun autre objet que de ce qui se rapportait
immédiatement à la solennité du jour, et que je n'ai pas cru qu'il
m'appartînt de prendre l'initiative.
Il paraît que l'ordre donné par Sa Majesté Hollandaise au général
Gratien de revenir en Hollande avec sa division, le refus de Sa
Majesté le roi de Westphalie d'autoriser formellement le départ de
ce général, et les incertitudes qui en sont résultées dans la marche
de la division, sont devenus un nouveau sujet de discussion entre
ces deux frères. M. Huygens a été chargé de remettre au roi une
lettre de son souverain, qu'on dit écrite avec une sensibilité
voisine de l'amertume.
M. de Gilsa, ci-devant grand écuyer de l'électeur de Hesse et
continué dans les fonctions du même département sous les ordres du
grand écuyer d'aujourd'hui[123], vient d'être nommé envoyé
extraordinaire de Westphalie auprès de Sa Majesté le roi de
Hollande, aux appointements de 36,000 fr. et sa femme conservant
ceux de dame d'honneur. C'est un homme de bien, père de treize
enfants vivants, et très heureux de sa mission qu'il n'a acceptée
qu'après avoir confessé au roi qu'il allait faire ses premières
armes en diplomatie. On dit que M. Girard, général, est nommé
ministre du roi à Munich, en remplacement de M. Schoell.
[Note 123: Le général d'Albignac.]