Cassel, 29 mars 1809.
Le Moniteur westphalien fait mention aujourd'hui d'une excursion que
le roi fit dernièrement pour Münden où Sa Majesté alla voir un yacht
que le roi de Hollande lui avait envoyé. La modestie du roi n'a pas
permis qu'on y parlât des bienfaits qu'il a répandus sur sa route.
Il s'est entretenu familièrement avec des habitants de la ville et
de la campagne qui étaient accourus pour le voir. Il a fait
manoeuvrer un bataillon westphalien qui se trouvait là; et comme
c'était un jour de dimanche, il lui a fait distribuer 25 frédérics
qui ont été reçus aux cris de: Vive le Roi! Il rencontra, au retour,
des conscrits cheminant gaiement et criant: _Vivat der König!_
d'aussi loin qu'ils purent l'apercevoir, il les encouragea et leur
fit également donner une petite gratification.
D'un autre côté, M. le colonel Bongars[116] épargna dernièrement au
roi quelques frédérics, sous prétexte d'avoir mal entendu. Le roi,
un soir, voulant aller à l'Orangerie avec la reine, et ne trouvant
aucune de ses voitures prêtes, commanda qu'on fît avancer le premier
cocher qu'on trouverait: il ordonna ensuite au colonel Bongars de
donner à cet homme 25 frédérics; M. Bongars en donna 5.
[Note 116: Chef de la légion de gendarmerie.]
La santé de Sa Majesté paraît assez bien rétablie: la reine à son
tour a été incommodée pendant quelques jours.
Il y a eu concert et cercle jeudi passé à la cour, pour la première
fois depuis un mois.
M. de _Lerchenfeld_, ministre de Bavière, est désolé de l'habitude
que le roi a prise depuis quelques semaines de donner à souper aux
personnes attachées au palais, les jours d'assemblée chez ce
ministre. Il parle de faire un quatrième voyage de plus longue durée
que les autres, et dans lequel il emmènerait sa femme. On prétend
que le souper auquel celle-ci avait été invitée par la reine, sans
son mari, et où elle manqua seule de toutes les femmes des autres
ministres, a donné lieu à ces soupers qui désolent M. de
_Lerchenfeld_.
M. le comte de _Furstenstein_ vient de se fiancer avec la fille
aînée de M. le comte de _Hardenberg_, conseiller d'État et
grand-veneur. Ce mariage paraît bien assorti et d'une bonne
politique. Il attachera au roi une famille considérée, mais dont la
fortune a beaucoup souffert, et qui n'avait pas la réputation
d'aimer beaucoup les Français.
Le général _Eblé_ aussi attend Mlle Freteau pour l'épouser: elle
appartient à une famille infiniment respectable de l'ancienne robe
de Paris, mais elle n'a, dit-on, que 18 ans, et le général Eblé en a
plus de cinquante. Et son ministère?