Cassel, 17 mars 1809.
Le roi est sorti hier pendant quelques minutes en voiture. Le temps
était pluvieux; il devait aller le soir au spectacle en grande loge.
Mais un accès de fièvre assez forte l'a pris. On croit que c'est une
suite des douleurs de ses rhumatismes.
S. M. depuis quelque temps n'avait pas l'air d'une parfaite santé.
Le Roi, à cause de son indisposition, n'avait pas non plus reçu la
cour dimanche dernier. Le même jour, il fit publier dans le palais
un ordre par lequel les entrées journalières auprès de Leurs
Majestés furent restreintes aux grands officiers et aux personnes de
service du jour. Depuis cet ordre, on a vu paraître pour la première
fois en fracs, dans les soirées de la ville, les personnes attachées
au palais et M. le comte de _Furstenstein_. On assure que Mme de
X... jouit en ce moment de la confiance du roi. Elle attend son mari
qui sera, dit-on, nommé aide de camp de S. M.
Depuis quelque temps, Mme de X... paraît rarement dans les sociétés
ou les quitte à neuf heures. On _prétend qu'elle ne s'est point
encore rendue_. Si elle se fait désirer longtemps, et si la passion
du roi est assez forte pour ne point chercher à se distraire
ailleurs, elle aura bien mérité de ce jeune prince.
M. de _Marinville_, secrétaire intime du roi, qu'on dit être employé
aussi pour une certaine partie des plaisirs de S. M., est devenu
gardien de la cassette du roi, à la place de M. _Duchambon_, dont
les représentations quelquefois un peu importunes avaient déplu.
Cependant M. _Duchambon_ reste trésorier général de la couronne. M.
le comte de _Lerchenfeld_, ministre de Bavière, a fait, il y a
quelques jours, pour la troisième fois depuis deux mois, une course
qui paraît encore devoir aboutir à Francfort. L'objet de la première
était un rendez-vous, moitié d'amour, moitié de politique, avec Mme
la _princesse de la Tour et Taxis_. Il en revint malade. Dans la
seconde il avait vu le _prince-primat_. Il en revint rempli de
fausses nouvelles qu'il débita avec beaucoup d'assurance, même à M.
le comte de _Furstenstein_, et qui se trouvèrent démenties trois
jours après. On ne sait pas encore ce qu'il rapportera de la
troisième. Cependant, comme le gouvernement westphalien ne s'est
point formalisé de ces voyages hors du pays où il est accrédité, il
y a lieu de croire qu'ils ont été autorisés, et que le roi est au
moins en partie dans le secret de ces absences.
La foire de Cassel a commencé lundi dernier: elle durera quinze
jours. Elle est fréquentée par un assez grand nombre de marchands.