Cassel, 10 mars 1809.
Depuis les fêtes de l'anniversaire de la reine, il n'y a point eu de
cercle à la cour. Au second bal, Sa Majesté en valsant avec le roi
se trouva mal. Elle eut une suffocation qui cependant passa
heureusement et ne laissa point de suite. Dans la semaine passée, la
reine pendant quelques jours se tint enfermée dans ses appartements.
Le roi a souffert et souffre encore d'un rhumatisme auquel il était
déjà sujet l'année passée: un peu de fièvre s'y joint vers la nuit.
Il y a eu quelques concerts dans l'intérieur.
M. le comte de _Bernterode_ (général du Coudras) donna quelques
jours un bal pour la fête de Mme la comtesse: on tira un feu
d'artifice dans la cour; la maison étant située au milieu de la
ville, le roi, pour maintenir les règlements de police, condamna M.
de _Bernterode_ à une amende de 25 frédérics, et M. _Bercagny_ fut
condamné à la même amende pour avoir été témoin de l'infraction, et
ne s'y être pas opposé. Mme de Bernterode ce jour-là reçut de la
Reine un beau présent consistant en colliers et en pendants
d'oreille de perles et d'améthystes.
Le Moniteur westphalien d'hier annonce que M. le comte de
_Truchsess_ étant obligé de résider sur ses terres, près de
Koenigsberg, Sa Majesté avait accepté la démission qu'il avait
donnée de sa place de grand-chambellan. Il y avait encore des
personnes qui croyaient aux revenants. Toutes les personnes de la
cour se louent de l'affabilité de la reine, depuis que Mme de
_Truchsess_ est partie. On s'étonne comment avec tant d'esprit cette
dame a pu trouver le secret de ne point laisser un seul ami.
M. le comte et Mme la comtesse de _Boehlen_, tous deux attachés à la
cour, vont la quitter pour résider dans leurs terres. M. de
_Boehlen_ avait la direction de la garde-robe que le valet de
chambre, Louis, chassé il y a quelque temps, avait exploitée à son
profit. M. de _Boehlen_ était absent depuis deux mois.
Hier, dit-on, les officiers de la garde ont été convoqués pour être
avertis de se tenir prêts à entrer en campagne. On en infère que le
roi lui-même se dispose à partir pour l'armée.
Un événement extraordinaire arriva dernièrement à Brunswick. Le
valet de chambre du général de Helleringen, commandant du
département de l'Ocker, entre en plein jour dans l'appartement de
son maître assis devant une table de manière à lui tourner le dos;
il s'en approche, passe une corde autour du cou du général et
cherche à l'étrangler. Le général se lève, lutte avec l'assassin et
se débarrasse de la corde. Celui-ci sort, rentre et tire à bout
portant un coup de pistolet dont le général est blessé. Dans
l'intervalle on accourt et l'assassin est saisi. Il est en prison et
l'on ne conçoit pas encore la cause de cet attentat.
M. le baron de _Keudelstein_ (_La Flèche_) est en ce moment à
Brunswick pour se concerter avec les autorités de cette ville, sur
les réparations à faire au château que le roi a promis d'habiter
pendant quatre mois de l'année.
Sous le rapport de l'industrie, comme sous plusieurs autres, la
ville de Cassel est bien en arrière de celle de Brunswick. On cite
des habitants de la première des traits de paresse qui sont
incroyables. Les artisans refusent d'augmenter le nombre de leurs
ouvriers, du moment où ils ont assez d'ouvrage pour gagner leur
subsistance journalière. Il s'agissait de faire faire des galons, il
y en avait de différentes largeurs. Ceux à qui on proposa la
fourniture la refusèrent en entier, uniquement par la raison que des
galons de petite largeur leur donnaient trop de peine, quoique du
reste ils eussent les métiers et les instruments nécessaires pour
les faire.
La reine a fait l'acquisition d'une petite maison de campagne sur le
chemin de Napoléonshoehe où elle se propose d'établir une vacherie
suisse.
Le second jour de la fête il y eut à Napoléonshoehe un petit opéra
intitulé le _Retour d'Aline_, où joua M. le comte de Furstenstein.
Le feu d'artifice fut contrarié par la neige et par quelques
accidents.