JÉRÔME À NAPOLÉON.

Cassel, 3 février 1809.

Sire, j'envoie auprès de Votre Majesté le général Morio, mon premier

aide de camp; il a été un de mes ministres, il était présent à tous

mes conseils d'administration, et connaît très bien la situation de

mon royaume. Votre Majesté pourra avoir de lui tous les

renseignements qu'elle désirera prendre sur l'état du trésor, comme

sur les autres parties d'administration.

Je ne puis prendre de biais avec Votre Majesté ni la tromper en

aucune manière dans une circonstance aussi majeure, mais il est

certain que le royaume de Westphalie ne peut résister plus de 6 mois

au mauvais état des finances.

Quant à moi, Sire, je me trouverai toujours bien partout où je serai

placé par Votre Majesté, si je conserve toute son amitié.

L'empereur était peu porté à aimer et à estimer les officiers qui

quittaient son service pour celui de ses frères; il répondit à

Jérôme, le 11 février 1809:

Je suis étonné que vous m'envoyiez le général Morio, qui est une

espèce de fou. Vous trouverez bon que je ne le voie pas. Quant à la

situation de votre trésor et de votre administration, cela ne me

regarde pas. Je sais que l'un et l'autre vont fort mal. C'est une

suite des mesures que vous avez prises et du luxe qui règne chez

vous. Tous vos actes portent l'empreinte de la légèreté. Pourquoi

donner des baronnies à des hommes qui n'ont rien fait? Pourquoi

étaler un luxe si peu en harmonie avec le pays et qui serait seul

une calamité pour la Westphalie par le discrédit qu'il jette dans

l'administration? Tenez vos engagements avec moi, et songez qu'on

n'en a jamais pris qu'on ne les ait remplis. Ne doutez jamais du

reste de tout l'intérêt que je vous porte.

Les Rois Frères de Napoléon Ier Documents inédits relatifs au premier Empire · 第 90 / 358 题