Cassel, 3 février 1809.
Sire, j'envoie auprès de Votre Majesté le général Morio, mon premier
aide de camp; il a été un de mes ministres, il était présent à tous
mes conseils d'administration, et connaît très bien la situation de
mon royaume. Votre Majesté pourra avoir de lui tous les
renseignements qu'elle désirera prendre sur l'état du trésor, comme
sur les autres parties d'administration.
Je ne puis prendre de biais avec Votre Majesté ni la tromper en
aucune manière dans une circonstance aussi majeure, mais il est
certain que le royaume de Westphalie ne peut résister plus de 6 mois
au mauvais état des finances.
Quant à moi, Sire, je me trouverai toujours bien partout où je serai
placé par Votre Majesté, si je conserve toute son amitié.
L'empereur était peu porté à aimer et à estimer les officiers qui
quittaient son service pour celui de ses frères; il répondit à
Jérôme, le 11 février 1809:
Je suis étonné que vous m'envoyiez le général Morio, qui est une
espèce de fou. Vous trouverez bon que je ne le voie pas. Quant à la
situation de votre trésor et de votre administration, cela ne me
regarde pas. Je sais que l'un et l'autre vont fort mal. C'est une
suite des mesures que vous avez prises et du luxe qui règne chez
vous. Tous vos actes portent l'empreinte de la légèreté. Pourquoi
donner des baronnies à des hommes qui n'ont rien fait? Pourquoi
étaler un luxe si peu en harmonie avec le pays et qui serait seul
une calamité pour la Westphalie par le discrédit qu'il jette dans
l'administration? Tenez vos engagements avec moi, et songez qu'on
n'en a jamais pris qu'on ne les ait remplis. Ne doutez jamais du
reste de tout l'intérêt que je vous porte.