Madrid, 6 février 1811.
Ma chère amie, j'ai reçu tes lettres jusqu'au 20 janvier, ainsi que
celles dont était porteur Gaspard qui est arrivé hier, je t'ai
adressé une lettre pour Bernadotte, dont tu devrais déjà m'avoir
accusé la réception. Je crains qu'elle n'ait été égarée, les bruits
les plus étranges courent ici depuis hier, nous touchons à un
dénouement quelconque, les choses sont tellement empirées par les
nouvelles de France qu'il faut avancer ou reculer. Des partis qu'on
m'offre, le plus honorable sera toujours celui que je prendrai, tu
ne dois pas en douter, et dès qu'il sera prouvé que je ne puis plus
rester ici, j'en partirai. Je t'écrirai plus en détail dès que
j'aurai lu tout ce qui arrive de France et des provinces, car il est
assez bizarre que je n'aie pas pu trouver encore ce temps-là, depuis
hier; j'ai été occupé tout le jour, depuis huit heures du matin, à
des petits détails pour que tous les services ne tombent pas à la
fois, et les besoins du jour ne m'ont pas laissé d'autre temps; tu
dois penser si je désire que tout cela finisse.
Dans une autre lettre à sa femme, en date du 19 mars 1811, le roi,
après l'exposé fidèle de sa situation, dit:
Dans cet état de choses, réduit à l'état d'abjection d'un criminel
ou du dernier des hommes, je mériterais mon sort, si je le
prolongeais volontairement.
Et plus loin:
Sans doute je ne prendrai pas le parti de venir à Paris, si je
pouvais faire autrement, mais ni toi, ni ceux qui me conseillent ne
connaissent ma position ici, et nécessairement _elle finirait par un
événement tragique si elle ne finit pas par mon départ volontaire_.