«Je vous remercie, mon frère, de ne pas m'abandonner: prenez ma défense
avec courage; je suis innocente. Dans un temps plus heureux, jamais,
jamais on ne vous accusa devant Adèle sans qu'elle élevât la voix en
votre faveur; et c'est sans doute un de ses crimes auprès de M. de
Miralbe. Votre lettre a ranimé mes esprits: je craignois que _ceux dont
l'opinion est nécessaire à mon repos_, ne se laissassent tromper par mes
accusateurs: qu'ils me conservent leur estime, c'est la seule chose à
laquelle il me soit permis de prétendre après le scandale affreux... Mon
frère, lisez la lettre que je vous envoie; elle n'avoit pas été écrite
pour vous: un sentiment au-dessus même de l'espérance me forçoit à
confier mes peines à qui ne pouvoit plus les adoucir. Faites-en l'usage
qu'il vous plaira; votre amitié me répond que vous exaucerez les voeux
d'une infortunée dont le coeur est trop pur et l'ame trop désintéressée
pour n'être pas capable de la plus vive reconnoissance.»