Maintenant, tout est écrit.
J'ai posé mon crayon sur la table de pierre,--sur la dalle, sur ma
dalle mortuaire, où j'épelle mon épitaphe gravée. J'ai posé mon crayon,
usé jusqu'au bois. Et j' ai fermé le registre bordé de noir dont toutes
les pages sont jusqu'à la dernière couvertes de mon griffonnage serré.
Tout est écrit. Il fallait tout écrire, pour que les hommes et les
femmes, ignorants et menacés, sachent, et puissent se défendre. Il
fallait écrire, puisque ma langue est liée, paralysée, pétrifiée dans
ma bouche...
Tout est écrit. Vous qui avez lu, vous savez. Pour l'amour de votre
Dieu, ne doutez pas! Comprenez. Croyez...
* * * * *
Le soleil est déjà bas dans le ciel. Le soir vient,--mon suprême soir.
Oui: c'est tout à l'heure que je vais mourir. Ma vie est usée jusqu'au
bout. La lampe s'éteint, faute d'huile.
* * * * *
J'épelle mon épitaphe, gravée sur cette longue pierre polie qui m'a
servi de table, et sur laquelle je m'accoude encore: