né le 27 avril 1876
mort le 21 décembre 1908
21 décembre 1908;--ou 22 janvier 1909... 22 janvier 1909, aujourd'hui.
Car voilà juste un mois,--non, pas même un mois: un mois moins un
jour,--que je suis ici, sur cette tombe, sur ma tombe, et que j'attends
la mort,--ma seconde mort.
* * * * *
Un mois. Je regarde sous la pierre,--je regarde avec ces autres yeux,
qui continuent de voir, implacablement.--Je regarde... Dans le cercueil
intact, il n'y a déjà plus qu'un squelette. Un squelette nu,--sans
vêtements: les vêtements, mes vêtements, trop minces, sont tout de
suite tombés en poussière. Seule subsiste encore, sur les os, eux-mêmes
poussiéreux, la lettre du colonel directeur d'artillerie,--la lettre
encore lisible, et qu'on a, par mégarde, enterrée avec moi.
Oui, un squelette; un squelette déjà poudreux. Rien davantage. Comment
pourrais-je vivre plus longtemps, moi qui ne suis plus, en somme, que
ce squelette-là, et que cette ruine-ci, écroulée sur cette tombe?
Impossible, à coup sûr. Impossible, heureusement...
Un mois. J'ai vu la terre se tasser peu à peu. Puis des ouvriers sont
venus, qui ont achevé de l'écraser sous cette dalle très lourde.--Très
lourde, oui, et très lourde aussi la terre tassée sous la dalle. Mon
corps anéanti s'épuise à supporter de pareils fardeaux...
* * * * *
Et demain, quand on m'enterrera encore, ce sera dans une autre fosse.
Et ce seront d'autre terre et d'autre pierre à supporter encore. Aucun
homme, jamais, n'a souffert cela.
* * * * *
Le soleil est déjà très bas. A l'ouest, le ciel devient rouge, rouge
comme il était, au jour de mes funérailles.
Il fait très beau. Dans tout le firmament, pas un seul nuage. Le vent
d'hiver s'est apaisé. Les grands cyprès ne frissonnent plus. Et le
soleil couchant commence d'ensanglanter leur cime noire. Une grande
splendeur sereine est éparse dans tout le ciel et sur toute la terre.
Et voilà qu'elle entre jusqu'en moi...
Adieu...
_France, ans 1326-1328 de l'hégire._