Capitaine breveté d'État-Major.
Décédé le 21 décembre 1908 dans sa 33e année.
J'ai pris le registre funéraire. Je l'ai caché sous mes haillons.
Et je m'en vais.
Je m'en vais: ce logis, c'était le logis du capitaine Charles-André
Narcy, qui est mort. Mon logis à moi est ailleurs,--évidemment.
Je m'en vais.
* * * * *
Dans la rue, je me hâte, à mon tour. Et je clopine, à force d'être
las...
Tiens? elle n'est plus tout à fait déserte, la rue... Sur le trottoir
d'en face, quelqu'un, debout et immobile, regarde la porte drapée de
deuil,--regarde fixement... Quelqu'un. Une femme. J'ai fait halte. Et
je la regarde aussi, fixement.
Une femme. Une femme élégante. Sa robe est un fourreau de drap clair.
Ses mains disparaissent dans un manchon d'hermine, très ample...
Je l'ai reconnue. C'est elle,--Madeleine.--Je l'ai bien
reconnue.--Mais, n'est-ce pas? je suis mort. Et puis, et surtout, je
suis vieux,--si vieux...
Non, je ne suis pas ému. Pas du tout ému. Étonné seulement. Très étonné.
N'importe! Je veux passer près d'elle. Par curiosité.
Oui, la voilà. Ses yeux ne se détournent pas de la porte endeuillée. Et
je vois ... tiens?... je vois qu'elle pleure, qu'elle pleure à grosses
larmes silencieuses et lourdes...
Elle pleure... Tiens?... je n'avais pas prévu cela. Oh! évidemment, des
larmes de femme...
Tout de même ... que faire?
J'hésite un moment. Je m'approche:
--Mad...
Elle tressaille soudain, m'aperçoit, essuie d'un geste brusque du
manchon ses joues mouillées, puis, fouillant dans ce manchon, me jette
quelques sous, et s'enfuit.