J'ai marché toute la journée, de l'aube bleue au crépuscule rouge. Le
chemin que j'ai suivi, je ne saurais pas le retrouver. J'ai marché
droit devant moi. Et je n'ai pas senti la fatigue, sauf après être
arrivé.
C'est tard, très tard, que je suis arrivé. Je marchais droit devant
moi, sans savoir où j'allais. Et je n'imaginais même pas aller quelque
part. Et puis, tout à coup, j'ai vu que je marchais sur une route. Et
j'ai vu, à droite et à gauche, des maisons.
C'est en passant un pont, un pont-levis, que j'ai reconnu Toulon,
Toulon et ses remparts. Dans l'arc de la porte, j'ai vu le ciel déjà
sanglant. Et j'ai compris que le soir tombait. Mes pieds tramaient dans
la poussière du sol. Mais je continuais d'aller,--sans savoir où, comme
le fer va vers l'aimant...
* * * * *
Un peu plus loin, j'ai passé devant une boutique. Et j'ai vu, à côté de
moi, un vieillard extraordinairement misérable, usé, courbé, loqueteux,
l'œil éteint, les cheveux blancs, la barbe longue. Je me suis arrêté,
et lui s'est arrêté aussi. Alors, j'ai compris que c'était moi que je
voyais, reflété, dans une glace de la boutique.
* * * * *
Plus loin encore, j'ai tourné l'angle de deux rues. Et j'ai aperçu
ma maison. Or, c'est là qu'inconscient j'allais. Mes jambes, soudain
paralysées, s'immobilisent.
Et je m'adosse au mur d'en face, et je regarde,--de tous mes yeux...