XIII.

Balzac revint enfin à son véritable type: la vérité. Il écrivit le

chapitre le plus vaste, le plus divers et le plus véridique de sa

Comédie humaine, les _Parents pauvres_. Ce fut son oeuvre capitale,

hélas! interrompue par la mort. C'était un homme de la race de

Shakspeare, dont la séve était variée, large et profonde comme le

monde. Il mourut, comme lui, entre cinquante et soixante ans, heureux

à la fin de sa carrière, retiré du monde dans son repos, soigné par

une femme aimée, et ne regrettant rien que ses rêves.

On fut longtemps à le juger, il était trop au-dessus de ses juges.

En laissant de côté ces livres futiles et un peu cyniques, les

_Contes drolatiques_, écrits dans le commencement de sa vie pour

avoir du pain et un habit, qu'il ne faut pas compter pour des

monuments, mais excuser comme des haillons de misère, son caractère

était probe et religieux au fond, comme les leçons de sa mère et les

souvenirs de sa soeur. On sentait en lui l'homme de bonne maison,

incapable de s'avilir, si ce n'est par plaisanterie passagère.

Il aimait les Bourbons et l'aristocratie de la Restauration par

tradition paternelle. La démagogie lui soulevait le coeur. On n'en

voit pas trace dans ses innombrables livres. Il était gentilhomme

de coeur, incapable de flatter une populace ou une cour. Il aurait

eu plutôt des indulgences et des faiblesses pour les vices d'en

haut; car il était pédant par la grandeur et jamais par la bassesse.

Je l'ai vu plusieurs fois professer ces doctrines, même contre sa

popularité. Il renonçait à être populaire pour rester juste et

honorable. L'incorruptibilité était son essence; écrivain léger et

trop indulgent pour lui-même en matière légère, mais au fond un

honnête homme. Il concédait beaucoup au métier, rien à l'honneur.

Tel était Balzac.

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 141 / 145 题