XI.

On dîne, et on se sépare.

«Le contentement qui enflait toutes mes voiles m'empêcha de voir

les inextricables difficultés mises entre elle et moi par la vie si

cohérente de la solitude de la campagne. J'étais près d'elle, à sa

droite, je lui servais à boire. Oui, bonheur inespéré! je frôlais

sa robe, je mangeais son pain. Au bout de trois heures, ma vie se

mêlait à sa vie! Enfin, nous étions liés par ce terrible baiser,

espèce de secret qui nous inspirait une honte mutuelle. Je fus d'une

lâcheté glorieuse: je m'étudiais à plaire au comte, qui se prêtait à

toutes mes courtisaneries; j'aurais caressé le chien, j'aurais fait

la cour aux moindres désirs des enfants; je leur aurais apporté des

cerceaux, des billes d'agate; je leur aurais servi de cheval, je leur

en voulais de ne pas s'emparer déjà de moi comme d'une chose à eux.

L'amour a ses intuitions comme le génie a les siennes, et je voyais

confusément que la violence, la maussaderie, l'hostilité, ruineraient

mes espérances.»

Cours familier de Littérature - Volume 18 · 第 139 / 145 题